Omnibus. 12 Octobre

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J'ai eu une pensée pour Jean Pierre Coffe. C'était il y a longtemps, en 1984 sur le plateau de l'émission La Grande Famille de Canal+, il jeta du jambon sous plastique en accompagnant son geste d'un "c'est honteux, ce n'est pas de la charcuterie, c'est de la merde".

Il avait grandement raison de se mettre en colère !

Non loin de moi, assise devant une table où étaient posés un verre d'eau et une serviette en papier, une jeune femme triturait avec des couverts en plastique deux tranches de jambon luisantes sorties d'un emballage banal promotionnel. Un paquet en triangle acheté pour manger vite fait. Elle se mit à l'éparpiller pour tenter de l'avaler...Je me suis levé, avant de partir, j'ai cru bon de lui dire que cette sorte de jambon était à jeter, qu'elle risquait peut être d'avoir faim mais au moins elle éviterait quelques maux désagréables.

Dans la rue des manifestants peu nombreux mais inlassables défilaient contre l'Omnibus. Quel nom ! C'est celui d'un texte fourre tout, entassant des lois imaginées par la Commission européenne et destinées à , je cite, : "rationaliser et simplifier la législation relative aux denrées alimentaires et aux aliments pour animaux". Omnibus entend ralentir les interdits votés sur les pesticides en les prolongeant jusqu'à 25 ans au lieu de dix ans. Glyphosate, acétamipride, flupyradifurone...noms savants et barbares qui couvrent des produits jugés cancérigènes et neuros-toxiques. Des centaines de scientifiques internationaux, des centaines d'études publiées depuis plusieurs années, l'ont démontré. 49 pesticides seraient ainsi prolongés au nom d'une volonté de pallier les baisses de rendement. Cette primauté donnée aux courbes de ventes plutôt qu'à la qualité offerte aux clients est très dangereuse. Effrayante inconscience des industries alimentaires, des syndicats agricoles productivistes. Ils sont conscients des risques contenus dans ces substances, les minimisent et leur assurent une durée de vie plus importante tout en empochant évidemment de substantiels bénéfices ainsi.

L'arnaque est officielle. Les partis européens de droite, du centre, quelques sociaux démocrates et l'extrême droite ferment les yeux sur les dangers sanitaires au nom de la protection des métiers agricoles. En réalité, ils tentent de sauver un modèle capitaliste peu regardant sur la protection de l'environnement, et renoncent ainsi, à entreprendre une réforme profonde du modèle agricole, qui est, cependant, la seule solution, pour, à la fois sauver ce métier et préserver un peu mieux la santé publique. Ce que nous mangeons, ce que nous respirons, l'eau que nous consommons tout ce qui permet au monde des vivants de se reproduire, de vivre est en jeu. La complaisance à l'égard des pesticides ne s'explique que par une large corruption des esprits organisée par des lobbys connus jusque dans les couloirs du Parlement européen à Bruxelles ou Strasbourg. Les protestations radicales ne font pas les Unes, elles sont néanmoins des alarmes urgentes très sérieuses à entendre vite.