Fiction. 13 octobre

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Ce qui suit est imaginaire, toute ressemblance avec des faits d'actualité n'est pas totalement fortuite, il est donc permis selon les émotions particulières d'y trouver des correspondances et d'interpréter à loisir les propos rapportés comme des enseignements politiques.

Cet après midi là, en plein soleil d'un été d'automne où quelques baigneurs goûtaient aux eaux fraîches d'une mer avenante et transparente, une femme allongée sur un transat fumait un cigare à la robe brune laissant échapper des volutes de fumée bleu. Elle parlait à voix haute du mouvement perpétuel des idées. Non loin, des papillons blancs juvéniles, des papillons jaunes malicieux voletaient en désordre tandis qu'un écureuil grignotait des feuilles tendres de laurier puis sautillait vers un cyprès, tout fiérot d'avoir résisté aux canicules.

A l'homme désoeuvré qui passait, elle offrit le livre qu'elle venait d'achever. Les guerres éternelles d'Olivier Rolin, un bonheur de lecture mêlant la guerre de Troie et toutes les guerres passées et présentes, toujours recommencées de massacres en crimes, de cynismes en triomphes provisoires. Il remercia et s'en fut.

De toutes façons poursuivit elle solitaire, vous aurez besoin des autres, quoi qu'il se passe les autres auront besoin de vous. Les refus d'alliances sont des sottises démenties par les faits. Il y a quarante-cinq ans François Mitterrand faisait sienne le programme commun avec les communistes. On sait ensuite ce qu'il advint. Les socialistes ne peuvent gagner seuls, d'ailleurs ils se sont déjà choisis comme héraut un adversaire créateur d' un autre petit parti. Le déni de toute alliance avec les insoumis ne tiendra pas à l'heure du second tour. Les premiers auront besoin des seconds pour espérer gagner. L'inverse n'est pas inexact. L'insoumission est tentante mais ne doit pas se perdre en illusions. Toutes les déclarations de ruptures ne résistent pas dès lors que la mathématique électorale oblige aux concessions.

L'écureuil s'amusait en s'accrochant ici ou là sur des branches ballantes. J'ai pour habitude de ne pas en avoir et la vie conseille fortement d'apprendre à s'adapter aux circonstances naturelles s'exclama l'animal.

Elle le trouva frivole, centriste, social démocrate, retors, mais esquissa un vague salut à ce trublion élégant.

Ce que je vois du monde, ce que je crois savoir me contraint poursuivit elle. Et que la seule femme du débat soit à l'extreme droite est une défaite. Il faut se faire à cette seule certitude, ce sera un homme comme toujours, à l'Elysée. Les remarquables lycéens préoccupés de mauvaises conditions d'études viennent de réveiller les candidats. Il en faudra beaucoup plus pour entrainer des adhésions.

Une pie dont les ailes noires renvoyaient un miroir manichéen s'empressa de traverser l'air câlin. Le jeu final est déjà prévisible, l'extreme droite attend son adversaire, peinarde, ricana-t-elle.

Le cigare se consumait. Je ne sais pas encore ce que je voterai se dit elle tout en ajoutant qu'il fallait rompre avec des années sans convictions solides, c'est vers celui qui se montrera capable de rassembler autour d'un combat pour sauver la planète détruite par les excès de pollution, que j'irai. C'est la seule urgence et tout dépend de ça. Savoir nommer un génocide, ouvrir les yeux sur les fractures faites par le stagiaire de 2017 qui enjamba trois classes avant de gagner hauts les coeurs par deux fois la compétition, est une condition qui m'importe. Tout est à renverser.

Des airs de chansons poings levés sortirent de ses souvenirs rejoignant ses désirs de beautés et d'équités. Elle se mit à écrire sur la première page d'un carnet la date et l'heure pour prendre rendez vous, attendit quelques secondes avant le premier mot, ce fut "encore" puisqu'elle n'en aurait jamais fini avec ses espérances. Les forces de l'esprit l'accompagnaient, elle en était certaine.