N'en faire qu'à sa tête . 6 octobre
Ce qu'elle dit est important. Elle le jette sans se préoccuper des étonnements. On lui a demandé en tendant un micro couvert d'une bonette rouge ce qu'elle pouvait dire aux jeunes en révolte. Elle n'a pas pris beaucoup de temps pour cogiter et répondre..."n'en faire qu'à sa tête ! même si tous disent que c'est impossible !". Et puis le micro est allé se balader ailleurs.
N'en faire qu'à sa tête quand on a même pas vingt ans. Se ficher des conseils de prudence, des raisonnements soigneux, signés de gens décorés et forcément mortels. En faire à sa tête c'est à dire se laisser toute liberté pour agir, réagir, se battre, s'exprimer. Comment peut on oublier dés que l'on a doublé ses décennies que c'est l'exacte vérité d'exister que de soulever des impossibilités et de découvrir qu'il y a d'autres voies, d'autres manières de considérer la vie des femmes et des hommes.
L'invraisemblable répression policière (j'ai vu un gradé faire un doigt d'honneur, un autre justifier balayette et coups portés sur un individu à terre, un autre jeter des pierres ou un engin explosif sur ses collègues en étant déguiser en manifestant cagoule, j'ai entendu des propos sexistes et racistes sortis des bouches en uniformes...) ne peut que renforcer la détermination d'une génération qui ne veut pas être soumise, ne pas être muette en constatant que les moyens alloués à l'éducation sont proportionnellement moins grands que ceux donnés à l'arsenal policier.
En faire selon sa tête c'est à dire mettre déjà en marche son esprit , ses connaissances précoces pour obtenir une juste place dans la société à bâtir. Toutes les déclarations consensuelles apaisantes sont fausses. Ce n'est que dans l'urgence, sous la pression des manifs, des heurts, des images de saccages et des images de violences autant des forces dites de l'ordre que des groupuscules masqués non lycéens mais parfaitement organisés, que le gouvernement (celui ci et bien d'autres avant) réagit. Aussi la démonstration autonome de libertés des filles et garçons au lycées classiques ou professionnels est une leçon donnée au conservatisme. Ils ou elles n'ont pas demandé d'autorisation pour clamer leurs besoins de locaux en bon état, ils ou elles n'ont pas pris une caret dans un parti pour exiger des remplaçants de profs absents, ils sont simplement en train de prendre leurs places dans une société par ailleurs fracturée mais surtout recroquevillée sur de vieux acquits.
Penser par soi même, n'en faire qu'à sa tête, commencer ou recommencer sans se fatiguer à prendre la parole comme tout être vivant et refuser d'être objets de charges policières illégales qui elles mêmes insultent le Droit républicain.