Bruits. 16 octobre
"C'est peu de choses savez-vous ces bruits de Paris ! Vous vous plaignez des sirènes incessantes, des passages à basse altitude d'hélicos, des files de convois de ministres accompagnés de motards impérieux hurlant des sons stridents au moindre carrefour ! vous trouvez ça fatiguant, trop c'est trop dites vous, il fut un temps, c'était sous Jospin je crois où des consignes avaient été données pour épargner les oreilles des habitants de la capitale en recommandant un usage modéré des avertisseurs officiels. L'usage modéré en toutes choses chez vous, français, est une vaste fumisterie n'est ce pas."..l'ami au téléphone depuis une capitale étrangère à la dimension d'une aimable ville de province se moque en racontant son récent séjour dans la capitale.
Imaginez un peu ce que vivent les habitants de Kiev ou de Kherson, où dans le Donbas, bref partout en Ukraine où chaque instant du jour et de la nuit les alertes retentissent en longues plaintes. Pas de trêve ni de pause quoi qu'en dise l'invraisemblable locataire de la Maison Blanche. Les drones par centaines déversent leurs bombes qui, elles aussi émettent des sifflements monstrueux. Les bruits de la guerre sont des vacarmes de terreurs, des coupes assourdissantes en milieu de nuit sans étoile. Comme une pluie de.coups frappés sans cadence, en une dysharmonie de meurtres ciblés sur des rues, des écoles, des magasins, des lieux de loisirs...
Sans doute que les drones ukrainiens parsemés sur la Russie ressemblent à ça aussi. L'agresseur agressé s'arrange pour dissimuler ce qui lui fait mal.
Nous sommes habitués aux roulements citadins, aux ronflements urbains, aux klaxons énervés, aux engueulades spectaculaires, nous sommes témoins de grandes manifs de cris et de slogans, nous voyons au jour le jour la brutalité des turbulences auditives. La tentation est souvent exprimée par des personnes lassées d'aller vivre loin, dans des campagnes où le seul passage d'un camion de pompier dans un mois est un événement.
Ce que connaît le peuple ukrainien si près de nos frontières est indicible. Ils vivent dans la menace évidente de déflagrations, de chutes d'immeubles, de chocs foudroyants de missiles dans les façades d'établissements ou de monuments historiques jusque-là épargnés. Bien sûr tout ceci ne va pas au delà des ressentis européens, Trump s'en fiche.
Imagine m'a écrit ensuite dans un message mon interlocuteur, une heure, une heure seulement, ponctuée d'énormes explosions, d'une odeur de fumée, d'un nuage hostile de poussières de béton, imagine ? Non c'est inimaginable. Les personnes interrogées dans les reportages réalisés à Kiev ont elles mêmes dans leur profond désarroi du mal à trouver les mots pour nous transmettre ce que signifient les bruits de la guerre.