Blessure. 17 octobre

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Il avait une bonne tête, une bonne bouille souriante, des rondeurs de curé qu'il était. Joseph Wresinski né en 1917 de père polonais et de mère espagnole fut envoyé par sa hiérarchie s'occuper d'un camp de réfugiés. "Ce jour là je suis entré dans le malheur" écrira t il. De cette découverte violente il fera son combat. "là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère les droits humains sont violés. S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré". Joseph Wresinski va créer en 1957 ATD Quart Monde (Aide à Toute Détresse). Et trente ans plus tard un certain 17 octobre 1987 sur le parvis du Trocadéro à Paris de sa voix forte il inventait la journée mondiale du refus de la misère. Jour symbole qui permet de rappeler l'état de précarité de près de dix millions de personnes en France.

Ce samedi où convergent tant de militants des luttes sociales, tant de revendications pour mieux vivre, tant de femmes et d'hommes d'âges différents, ce jour où le déploiement policier officiellement libre de toute contrainte par le ministre de l'intérieur fera face évidemment à des casseurs mais surtout à des foules désireuses seulement de se faire entendre, ce samedi trouble le jeu politique en cours. Il serait bien sot de croire que les jeunes lycéens sont manipulés. Ils demandent simplement de quoi mieux vivre, mieux étudier, mieux préparer leurs futurs. Agiter des peurs est un vieux réflexe de pouvoirs conservateurs, imposer la matraque plutôt que le dialogue est un aveu d'échec avancé.

Il apparaît que l'on s'étend dans la plupart des journaux nettement plus sur les risques de dérapages, d'affrontements, de violences graves, que sur le fond des choses qui explique voire justifie un samedi de convergences inédites. Les gilets jaunes sont présentés comme un épouvantail mais que sont devenus les cahiers de doléances où tout ce qui motivait le mouvement fut inscrit ? Le diagnostic était fait. On s'est empressé de l'oublier. Le sentiment d'avoir été trompé est grand. La génération jeune, stupéfaite par la réplique répressive restera marquée par celle ci plus que ne le croit le gouvernement. La blessure urgente à réparer sera entre ceux que l'on nomme les forces de l'ordre (aux ordres du pouvoir) et les lycéens, étudiants, enseignants, surtout ceux des établissements les plus dégradés. A écouter les commentaires de la presse internationale l'image du pays des droits de l'homme en a pris un sale coup

Si j'ai cité Joseph Wresinski c'est qu'il me semble que ce sont ces sortes de personnages qui permettent à la société française forcément inégalitaire, forcément cruelle avec les plus faibles de tenir bon. Ce sont les centaines de milliers de personnes laïques ou pas engagées, dans des associations qui assurent contre des naufrages. Des maires, des élus, des syndicalistes, des militants politiques, des parents disponibles vont tenter au delà de ce samedi de recoudre les liens brisés. Ils seront cet automne en première ligne en attendant le vote du 18 avril, au printemps.