Bon et mauvais fond. 14 octobre
Il a un bon fond ou bien il a un mauvais fond. Cette expression simpliste et rigolote (essayez de l'appliquer à un chat fouineur vous verrez) permet de s'exonérer de tout argument. On s'en sort comme on peut, comme un bonimenteur pris au piège d'une discussion où l'on est sommé de choisir entre le pire et le moins bien. Souvent nous succombons à ce besoin de donner un assentiment sans vraiment y croire, de livrer une opposition sans être capable de développer une argumentation solide.
Le bon fond c'est ce qui rachète de je ne sais quelle erreur (une faute diraient des observateurs chrétiens persuadés qu'ils sont que le bien et le mal cohabitent et jaugent nos emportements à l'aune d'un calcul spirituel). Le mauvais fond c'est tout comme. Il résulte d'une accumulation de savoir vivre, de recommandations, de souvenirs parentaux et de prudences destinées à ne pas mettre en péril le futur du récipiendaire.
En défilant, encadré par des services de vieux adultes habitués aux règles de protection , le mouvement lycéen acquiert une forme de notoriété et de respectabilité après avoir été méprisé par des gouvernants, effrayés eux mêmes par ce soulèvement sans leaders, sans discipline et donc forcément suspect. Ont-ils un bon fond ces jeunes, ces femmes et hommes en train de vivre les prémisses de leurs avenirs ? Ont ils un fond mauvais ces manifestants entre lycées et universités qui réclament seulement la possibilité d'étudier et d'apprendre dans des conditions décentes ? Questions posées et réponses en suspens. Les suppléants en remplacements trouvés, par je ne sais quel miracle républicain, n'y sont pour presque rien.
Nous avons pris l'habitude en comptabilisant des années, devenant chauves, blancs, ronchonneurs, réacs, d'estimer les interrogations nouvelles comme autant d'irresponsabilités. C'est une tromperie manifeste. Ce qui est une réalité ce sont à la fois les répressions policières massives, indécentes, illégales, insupportables et cette espèce d'incrédulité que nous entretenons avec notre propre passé. Il existe bien une demande de clarté, de joyeuseté de vivre qui ne soient pas réservées à une seule classe de la société.
Les dettes longuement commentées par des experts qui n'avaient rien prévu et les commentaires économistes savants qui assurent avec componction que la solution n'est que dans la préservation du système actuel veulent imposer une solution unique.
Or les slogans et autres pensées exprimées via des morceaux de cartons brandis contre des boucliers semblables à ceux des guerriers d'une vieille guerre ou des banderoles satiriques toujours prolifiques et inventives, sont des révélateurs de la pensée non encartée ici ou ailleurs, c'est du sincère, du simple désir de mieux vivre. Le mauvais fond est un formidable besoin de ne pas accorder à ce qui est acquis une adhésion aveugle et donc susceptible de nourrir la révolte, il est générateur d'idées neuves, de désordres productifs, d'un imaginaire salutaire.
Entre les débats contradictoires frileux, peu à peu il se glisse l'écriture d' une comédie humaine confrontée à un bouleversement climatique, à la puissance de l'IA, à l'incroyable omnipotence des fortunes insensées devenues plus fortes que des Etats. Inutile de se chercher des leaders, des porte voix. Ce sont les foules associatives qui permettent aux sociétés occidentales, africaines, asiatiques, sud américaines, nord américaines de tenir parfois sous le joug d'autocrates ou de crétins patentés mais élus ce qui est consternant .