Un perdant. 25 février
Rencontre, des retrouvailles, un comptoir partagé et nous parlons de tant de choses passées et à venir. Il est à son habitude attentionné, gentil, souriant, apparemment tout va bien. Je dis bien apparemment car il m’a suffit de lui poser une question assez bête (et tes projets ?) pour que le vernis se désagrège. Une fissure et puis des aveux sincères ...
Je suis un perdant, un looser me dit il en tournant de façon mécanique son verre de bière, il ne me regardait plus, il était parti quelque part dans des pensées mauvaises.
Rien de ce que je fais ne plait, je ne trouve pas d’interlocuteur, peut être ai je passé l’âge, je cherche, je travaille, je construis, je développe des idées mais non, rien...et puis comment te dire je commence à croire, c’est mauvais signe, que je suis effectivement un perdant, dans la classe de ceux que le brio, la réussite, la chance désertent...
il a continué ainsi à soliloquer. Je n’ai pas osé l’interrompre. Je savais que sa vie sentimentale était une solitude de couple, une usure et quelques fracas...je savais qu’il entretenait depuis l’enfance un complexe de classe, bref j’ai retrouvé mon ami comme je l’avais perdu de vue...je me suis senti un peu responsable de lui, de nous, de nos chemins croisés et différents...
qu’est ce que la destinée d’un homme, d’une femme, pourquoi certains s’en sortent pourquoi d’autres se heurtent à des murs...je n’ai pas de quoi répondre sinon des considérations politiques, sociales, économiques. Mais tout cela est assez puéril quand on retrouve ainsi quelqu’un avec lequel on a des communautés de sentiments...Putain de vie pas équitable a t il conclu en levant son verre, en me souriant avec ce sourire si beau, si désespéré...