Grain de riz 28 Juillet
Une soirée délicieuse. L'air est doux presque frais, la lune est claire presque pleine, les gens se promènent presque tranquilles. Oh il y a bien des pétarades de motos, des bavardages sonores mais tout semble respirer sans accroc. Les incendies, les maisons détruites, les milliers de personnes désormais sans toits, les reportages de flammes et de bois brûlés, terres noircies, les évacuations, les pompiers...de la gironde, de Bordeaux, des Landes, de Cotignac on en a parlé. Ici faut pas se plaindre, on est des privilégiés.
C'est un sentiment mal défini que cet aveu d'être protégé, pas en danger, comme si la force médiatique qui globalise à l'excès obligeait à demeurer raisonnable parce qu'épargné par les catastrophes vécues non loin. L'afflux de dons et de gestes solidaires montrés pour compenser les drames oblige à la solidarité. Mais ce soir là on est loin.
Le restaurant est enguirlandé. Les boules lumineuses accrochées aux végétations entretenues à grands coups d'arrosoirs sont là pour ajouter aux petits bonheurs des vacanciers. C'est calme constate le restaurateur tandis que les plats sont apportés sans précipitation par un nouveau, juste ce qu'il faut de sourire et de gentillesse. Le garçon parle un français suffisant mais tellement différent. Il roule des mots, semble les avaler ou les précipiter. Il laisse deviner son origine. On avance l'Amérique du Sud, le Bangladesh, pas du tout et il rit. Je viens d'Afghanistan. Là on s'arrête. Curieux de savoir. Plus de famille, tous morts, une échappée indicible , sans doute violente, compliquée, dangereuse, à partir de Kaboul, puis la Turquie, l'Europe, la France...il n'en dit pas beaucoup plus. Il est en règle. Il a vingt quatre ans. Il est musicien, joue de la flûte traversière. Il est arrivé chez nous pour apprendre la langue, travailler, vivre, vivre !
C'est un honneur d'être une patrie d'accueil. C'est la suite d'une longue histoire française faite d'apports culturels divers, multiples. Nous nous créolisons et c'est tant mieux. C'est une richesse d'ère capable d'ouvrir ses portes, d'engager des personnes dont la trajectoire personnelle fut tout sauf délicieuse. Je ne sais évidemment pas quel sera son destin mais ce que je veux croire c'est que nous demeurerons une terre ouverte, enrichie par ces femmes ou hommes apportant leurs connaissances, leurs cultures, leurs curiosités. "ce sont les petits grains de riz qui finissent par remplir le sac" dit justement un proverbe antillais.