Sur la pointe des pieds 23 février
Elle est partie sur la pointe des pieds, sans faire de bruit pour ne pas déranger, sans émettre un soupir ou je ne sais quel gémissement, elle souffrait sans doute mais nul ne semble l’avoir entendu ou vu se plaindre. Sur la pointe des pieds parce qu’elle n’avait aucune illusion ni sur ce que l’on dirait d’elle, ni sur les regrets affichés, ni même sur ce qui resterait d’elle et de ses écrits. L’humilité allait de paire avec sa rigueur culturelle, ses travaux n’étaient pas vraiment accessibles au grand public, d’ailleurs le grand public ne s’en souciait guère, attaché qu’il demeure à vivre dans l’immédiat le moins mal possible.
Que savons nous de ces chercheurs, scientifiques, travailleurs de la connaissance, historiens, spécialistes d’un pays ou d’une langue, d’une civilisation ou d’une maladie, d’un millénaire et de ses restes antiques, ces indispensables intellectuels qui vivent et meurent dans une relative indifférence. Ni riches ni encensés, simplement des rouages indispensables à la pensée, à la réflexion, à l’intelligence...Les hommages seront rendus dans un cercle réduit, chacun, chacune de ses semblables repartira sur la pointe des pieds, quittant la cérémonie de crémation en saluant un confrère, une homologue. La discrétion est ici une élégance.
Sur la pointe des pieds, geste précautionneux, signe de légèreté, rejoindre ainsi les mémoires pourvu qu’elles soient attentives aux moindres éléments susceptibles d’enrichir le savoir universel.