Pourquoi ? 27 octobre
"Ce n'est pas normal que le pays soit dans un tel état d'ébullition".Il a raison le Président. Le diagnostic est bon. Le mot ébullition est peut être mal choisi tant la frivolité de l'eau qui boue a peu à voir avec les manifestations actuelles de mécontentements. Mais ce n'est qu'un détail, l'essentiel est dans la lucidité présidentielle. Ne pas savoir nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde écrivait Albert Camus. Là c'est déjà un premier pas. Le second s'il y en avait un serait de chercher la responsabilité de ce bouillonnement rebelle. Mais là c'est quasi impossible. Au jeu enfantin de "c'est pas moi c'est l'autre" il y avait toujours une réaction consternée de l'observateur.
Et alors que dirais-tu à cet enfant, ce gosse, cet adolescent que tu étais ? Souvent l'épreuve du miroir crée un embarras. Essayons de la poser au hasard, sans nommer la cible. Qu'as tu fait de ce que tu souhaitais devenir, de ce que tu pensais ? Ces interrogations valent pour les générations installées en train d'être déstabilisées. Dans l'actualité politique où les échéances sont régulières, régulées par des constitutions il est toujours intéressant de poser ce genre de questions. Le rattrapage annoncée hier lundi en fin de journée avec une refonte de Parcoursup et des places plus importantes dans les facs ressemble à une sorte de reconnaissance de dette. Mais personne ne répondra 'nous nous sommes trompés'.
L'état d'une nation, les réactions d'un peuple s'inscrivent dans une histoire qui parfois se renouvelle, parfois se trompe, parfois devient une leçon philosophique. Le temps de retard : pourquoi avoir tant attendu pour répondre aux besoins ? Une faute de mémoire : mais pourquoi avoir oublié ce qui s'est passé notamment en 2005 (très exactement le 27 octobre) lorsque deux adolescents Zyed Nenna et Bouna Traoré cachés dans un transfo ont été grillés littéralement parce qu'ils y avaient trouvé refuge, parce qu'ils avaient peur de la police ? S'en suivi un état d'urgence de trois mois, 9000 voitures brulées, des écoles, des casernes, des lieux de sport. Ce fut une révolte terrible où l'on écrivit alors qu'il s'agissait d'une faillite de l'intégration, d'une hostilité envers les forces de l'ordre.
Tout se répète, différemment bien sûr. En plus fort aujourd'hui.
La jeunesse rebelle a toujours raison contre un état dominateur. Que diras tu à celle ou celui qui veut une société de demain soucieuse de la planète donc écologiste, non productiviste ? Le point d'interrogation mérite à tout le moins une réflexion empathique collective !