Malgré cela. 25 octobre

Partager

Elle est formidable cette femme au regard clair, aux cheveux gris ballotés par le vent et les brises pluvieuses, vêtues d'un imper mauve aux larges revers, elle s'étonne que l'on puisse s'étonner qu'elle soit là, à son âge, (quatre vingts ans dit dans le commentaire). Elle manifeste dans la rue, le boulevard périphérique je ne sais où, enfin la voie autorisée après maintes discussions entre autorités policières et organisations des manifestants. "Je suis là parce que ce sont des enfants, des jeunes qui veulent étudier, travailler dans des conditions décentes, c'est normal, c'est nous qui avons la responsabilité du monde dans lequel ils vont vivre"...je ne peux garantir l'exactitude des propos mais c'était dit avec une telle simplicité...

Maintenant c'est dimanche. Tout est calme. A côté le square est bouclé. Une chaîne et un cadenas signifient qu'il faut passer son chemin, que les feuilles mortes tombées sur le sol trempé ne peuvent être agressées par des grenades lacrymogènes. Une société sécurisée à coups de verrous, de décrets interdisant les attroupements. Les libertés ces jours ci en cas d'urgence décidé par l'Elysée passent au second plan.

Les casseurs cagoulés sont demeurés en marge. Ils ne sont ni de l'ultra gauche ni d'ailleurs. la procureure générale l'a confirmé. Le ministre de l'ordre avec son visage toujours impassible puis étonné que l'on puisse le contredire sur un usage disproportionné de la force, poursuit ses déclarations invérifiées, invérifiables en l'état que ce soit sur le nombre de pillards comme sur le nombre de blessés, civils ou policiers. Presque de façon comique la comptabilité officielle des manifestants se répète depuis des décennies en controverse figée, le ministère dit tant, les syndicats disent le double. On pourrait s'épargner cette bataille sans fin, non ?

Lui est de parents iraniens. Il questionne sur ce pays qu'il aime, où il est né. Il dit gravement que les noirs et les arabes "prennent cher", que le pays global n'est pas raciste, qu'il n'a aucun souci sauf celui d'entendre de plus en plus de propos de ségrégation, de rejet. Que les petits s'en sortent mal, que se loger en achetant un deux pièces est trop compliqué, qu'il a connaissance au magasin local de ces achats à minima pour simplement manger.

Et puis malgré cela, malgré tout cela, des gestes d'aide, des moments aperçus qui réconfortent avec ces personnes accroupies parlant aux plus faibles et apportant des boissons chaudes en pleine nuit de vents trempés. C'est peu, ce sont des actions sans caméras, un engagement associatif qui ne pèse rien électoralement mais tellement pour le sens commun.