Interdit. 24 octobre
Perché sur une nacelle un homme accroche des guirlandes et une grosse araignée désarticulée au-dessus du carrefour du marché. C'est Halloween justifie le commerçant en fruits et légumes, pas contre cette illumination. A l'autre bout de la Cité, des panneaux de bois compressé sont ajustés aux vitrines jusque tard dans la soirée. Et tandis que la dispute à Marseille , Paris ou Lyon se fait sur le trajet d'une manif il me revient ces propos du subtil sociologue Michel Wievorka sur la difficulté de concilier paix et justice. C'était dans un de ces colloques feutrés sise à l'Institut, salle du deuxième étage toute en boiserie, toute encombrée de portraits et statues d'hommes importants. Forcément faire la paix c'est tordre la justice. Et les concessions des uns pour calmer les autres sont des sujets d'Histoire non résolus. En matière sociale il n'y a pourtant qu'une seule manière d'entretenir un climat intelligent, il faut négocier, négocier sans cesse, prendre des rendez-vous permanents et discuter. C'est tout le contraire des interdits. C'est tout l'inverse de ce qui a été fait depuis le début du mois de septembre malgré les avertissements.
Interdire ou prohiber (tenir à distance) est une attitude de peur, le signe d'une perte de contrôle, d'une grave insuffisance de dialogue. Oui la société est violente, oui il y aura toujours à la marge des actions destructrices mais pour l'essentiel jamais des interdits n'ont réussi à obtenir une paix solide. Bâtir sur la répression et le déploiement de soldats et d'engins militaires une doctrine politique c'est s'assurer de réactions de colères, de revanches. Les fractures seront longues à se refermer.
Toutes les tempêtes ne sont pas prévisibles totalement mais on peut les voir venir, s'organiser pour y résister, mettre à l'abri les plus faibles. Ce qui se passe dans le pays de Voltaire (voici quelques citations à propos) est une répétition de mouvements anciens avec une forme, une intensité différente en raison des possibilités offertes par les réseaux numériques. Le poète, écrivain, philosophe estimait que "les français n'étaient pas faits pour la liberté car ils en abuseraient"...Que nenni nos abus sont salutaires, ils offrent aux décennies contemporaines des moments de grandes folies fructueuses faisant avancer les droits humains. Ici et maintenant c'est nettement plus simple, ce sont des revendications liées au coût de la vie, au partage des richesses, à l'état éducatif, à l'égalité des chances quels que soient les territoires. "Souvent le désespoir a gagné des batailles" peut être faut il éviter d'aller jusqu'à ce désespoir et inventer vite, très vite, des moyens susceptibles de faire renaitre l'inverse : des espérances concrètes. "C'est encore peu de vaincre il faut savoir séduire". Or on a peu de chances de séduire avec des matraques, en laissant des mains arrachées et des yeux perdus, en préférant la loi du plus fort à la raison partagée, peu de perspectives paisibles en mettant les juges sous pression : " Un jugement trop prompt est souvent sans justice".
Ce n'est pas une situation inédite même par son ampleur mais c'est l'étalage d'un pays manquant d'humanité, perdant ainsi un peu de son identité.