Comme un début de roman 31 janvier
aucun appel, pas de message singulier.
c’est bon. Je vais sur une page blanche inventer un autre monde. Une maison d’orée de forêt. Son apparence est médiocre, un crépi blanchâtre et des volets roulants disgracieux. Maison vide. Le terrain qui l’entoure est en restanques, en pente abrupte. Les très hauts troncs de châtaigniers dominent le lieu, le toisent, sans être menaçants ils forment une garde forestière imposante. Comme la maison fait fragile ! Ce sont trois écureuils qui troublent l’ensemble abandonné. Ils cavalent, sautent, surveillent, se chamaillent. Du toit d’un appenti aux murs quasi écroulé puis d’un cerisier aux branchages écartés jusqu’au pin menu puis ensuite vers la forêt, ils en reviennent, se retournent, semblent s’étonner. Ce n’est pas naturel cette absence de vie. Les oiseaux eux mêmes évitent le secteur, le contournent. Un banc pourrit lentement en bordure du jardin qui fut un potager. Une longue table en bois demeure de guingois seule rescapé d’un temps de vie familiale à moins qu’il ne s’agisse d’un décor depuis fort longtemps quitté.
alors qu’en pensez vous ?
l’agent immobilier n’est pas bavard. Il calcule. Le bien ainsi découvert a quelques atouts en raison de sa situation dominâtes, la vue est sans doute belle mais il faudra un gros travail d’aménagement, quant à la maison qu’en faire ?
je ne peux pas vous répondre sans visiter la maison.
ah oui, je vais chercher les clefs au village et je reviens...
c’est une femme aux cheveux très courts, cheveux entre gris et blanc, qui s’éloigne dans sa voiture, une sorte de petit 4/4. Elle est de la famille qui veut se débarrasser de la maison qui autrefois abritait une tante décédée à la maison de retraite, cela fera presque un an. Marthe Debois a pris contact avec l’agence, c’était il y a une semaine.
le soleil au dessus est doux. Le terrain humide. Il a plu ces derniers jours. Mohcine Larbi est venu dans la région, plus exactement dans ce département sans a priori, la franchise était à sa portée, il quittait la région parisienne, il avait besoin de grand air, de solitude, de changer son mode d’existence. Les affaires étaient peu nombreuses mais depuis une année c’était plutôt encourageant. Et puis il découvrait sans cesse de nouveaux paysages, des hameaux, des bâtiments, des vallées, des bouts de plaines où les ans avaient quasi figés les situations. Il ne se lassait pas de cette nouveauté, tentait des contacts, laissant sa carte, entrait dans les rares cafés les jours de marché, engageait la conversation. Il commençait à se faire connaitre. Les recherches de maisons pour des résidences secondaires étaient moins faciles qu’il ne l’avait imaginé. Ici on ne vendait qu’à ceux d’ici. Ou alors on vendait mais avec des envies de prix bien au dessus du marché. L’attachement au territoire n’est pas lié à ce coin lui avait prédit un ami au téléphone alors qu’il lui faisait part de ces réticences et de ces demandes de prix folles ! C’est partout comme ça, ils estiment ue c’est une manière de préserver l’histoire, leur histoire.
Mohcine entreprit de faire le tour du terrain presque Entièremet clôturé par des fils de fer ou des bouts de murs en pierres. C’était nettement plus vaste qu’annoncé. En descendant vers la partie orienté au sud il y avait un potager complètement secoué de mottes de taupes. Bon signe pensa t il. Un enchevêtrement de bois morts dissimulait un puits et au delà une plongée vers un village assis dos à la montagne au loin.
c’est beau.
Il dégagea une chaise en fer. De la peinture verte s’écaillait. Le silence était total. Il tournait le dos à la maison, faisait face au soleil de presque midi qui traversait non sans difficultés les arbres qui avaient poussé sans taille ni convenances au point d’entraver toute vision lointaine.
les écureuils encore. Ils venaient si près de lui qu’il en déduisit qu’ils avaient envie de présence, que l’endroit était trop vide, trop mort...