Visage. 23 aout

Partager

Pourquoi me suis je arrêté sur ce visage ? Un homme qui lève les bras, il est au second plan, légèrement décalé, comme en contrebas derrière une cage, au premier plan, côté cour, côté jardin, les épaulettes gradées de deux gardes, des policiers, des matons puisqu'il s'agit d'un tribunal et d'une condamnation à onze années et un mois. C'est en Russie. A Pskov, allez chercher sur la carte c'est non loin de la frontière avec l'Estonie. Le pays de Poutine veille à la plus minuscule anicroche en perspective d'élections à l'automne, dont on sait déjà qu'elles seront faussées, volées. Tout autocrate qu'il est, Poutine a peur des plus inoffensifs opposants.

Celui ci, dont le visage où se tiennent droits, fiers, deux yeux de convictions, se nomme Lev Chlosberg.

Inconnu dans les médias internationaux ou presque (certes il a soutenu Alexei Navalny), il est le candidat aux élections donc, et ancien député à la Douma, il préside le parti pacifiste libéral Labloko, mouvement minuscule crédité d'un ou deux pour cent de suffrages. Mais qui connaît vraiment dans l'opinion publique occidentale ouest européenne ce parti, qui prône un cessez le feu avec l'Ukraine et s'oppose ainsi, faiblement, humblement à l'entreprise guerrière de Wladimir du Kremlin ?

Il a fallu cette photo sur le réseau social pour que j'apprenne cette énième condamnation décidée par le gouvernement russe. Lev Chlosberg a introduit un recours mais nul n'y croit, il y a belle lurette moscovite que le jeu judiciaire est une parodie, que le moindre opposant est réduit au silence. Emprisonné, suicidé, empoisonné. Ou bien il a eu le temps de fuir.

Que faut il faire, rester, quitter ? Le dilemne n'est pas ici une affaire de roman d'Albert Camus. C'est une urgence de vie et de mort. Navalny était revenu après son empoisonnement à Moscou, persuadé que son combat ne pouvait se mener ailleurs qu'en territoire russe. Lev Chlosberg pense de même. D'autres se battent à l'étranger, pas planqués, pas sans menace car les services russes sont capables de 'neutraliser' en Grande Bretagne ou partout en Europe qui leur semble gênant. Ils sont sauf, ne connaîtront pas les sinistres geôles des colonies pénitentiaires héritées de Staline. Mais une fois ici, en terre libre ils éprouvent leurs impuissances.

Le monde de 2026 est celui des fuites numériques, des applications qui traversent les frontières. Cet homme quasi inconnu en France a fait passé cette image, a dit la réalité de la justice russe au dernier jour de son procès : " je vous plains votre honneur. Vous devrez vivre avec ça " a t il lancé à la jeune juge soumise, obéissante, kapo du pouvoir qui venait de rendre un verdict accablant de onze ans et un mois de détention.

En Russie réclamer un cessez le feu pour mettre fin à cette guerre de quatre ans est considéré comme un danger. Les juges en ce pays ignorent le droit, les droits et exécutent les ordres. Ce que nous recevons alors, la moindre photo, le plus simple message par Amnesty International a valeur forte. Ne peut être banalisé.