Justice 3 Juillet
Thorigny sur Dué, un village, une commune de moins de 1700 habitants dispersés en habitats parfois isolés dans ce département de La Sarthe. En 1994, le 5 septembre les gendarmes sont alertés par une femme faisant des ménages dans la commune. Ce qu'elle raconte est une horreur. Quatre personnes tuées, des corps lacérés, déchiquetés. Christian Leprince, sa femme Martine, leurs deux filles ont été assassinés. On retrouvera la plus jeune dans un placard. Elle est saine et sauve. Ainsi commence cette affaire criminelle dont le dernier épisode vient d'être annoncé.
Il y a 32 ans les gendarmes et les juges vont décider que le seul coupable possible est le propre frère de Christian Leprince, Dany, agriculteur, employé dans une société d'emballage de viande le soir pour s'assurer un revenu décent. C'est sa femme qui va l'accuser ! On ne cherche pas ailleurs la solution de ce drame. Dany en cours de garde à vue (46 heures) avoue le meurtre de son frère puis va se rétracter. Trop tard. On aime les crimes résolus, on aime que les foules soient satisfaites en désignant un coupable. Une sorte de vengeance rapide légale.Dany Leprince est condamné à perpétuité avec 22 ans incompressible, malgré ses dénégations.
Mais le doute est là. Même avec des aveux sans preuves, même sans être troublée par le rôle de cette épouse accusatrice, la Justice est passée sans être capable de douter. En défense les avocats vont se battre pour tenter une révision. Chose rare en France. En 2006 la Justice ordonne un supplément d'information. Elle n'est donc pas certaine d'avoir bien jugé ! En 2010 elle suspend la peine de prison. Dany Leprince retrouve la liberté. En 2011 la justice refuse la révision. Dany Leprince retourne en prison. En octobre 2012 il est mis en libération conditionnelle.
Hier la Cour de Cassation a ordonné un nouveau procès.
La Justice est lente, elle a toujours eu du mal à reconnaître ses erreurs. L'exercice du métier de juge est pris entre le strict respect des procédures et du code pénal et la nécessité de décider en son âme et conscience d'un verdict. Dany Leprince va donc avoir une nouvelle possibilité de valider son innocence. Un livre de Nicolas Poincaré et Roland Agret en 2011 éclaire avec rigueur les différents éléments de l'enquête et du jugement.
En matière de justice il faut se garder des émotions immédiates, des choix faits sous pressions politiques ou de l'opinion publique. Le droit ne peut être fiable qu'à l'écart des emportements populaires destinés à satisfaire les curieux, les électeurs. Manifestement l'affaire Dany Leprince n'a pas été l'objet d'une vraie sérénité judiciaire, d'une impartialité (à charge et à décharge). Sans présager de la future décision de la Cour qui re jugera Dany Leprince (pas avant un an sans doute aux Assises d'Angers) , il est utile de rappeler que le doute et la présomption d'innocence ne sont pas des effets de langage, qu'il faut à chaque fois demeurer vigilant dés lors qu'une affaire criminelle qu'elle quelle soit est connue.