Trompette. 7 Novembre
Le trottoir est large devant le Monoprix, vaste, bordé de vélos en attente, parsemé de déjections de pigeons, mais ce jour de vendredi, jour sans, sans manif, sans défilé de véhicules de police, c'est un parvis de confettis jaune, une tapisserie éclatante. Jaune poussin. Des feuilles aux contours arrondis étalées en points de désordre pour composer une partition de sonates d'automne. Ce n'est pourtant pas le registre entendu. Une trompette est posée à terre sur son pavillon clinquant, couleur d'un bel or. Le musicien joue du saxo, des airs de jazz enchainés, il fait des signes aux passants, s'amuse en variations. A ses pieds un chapeau feutre retourné où quelques pièces sont tombées. "je ne vais pas me plaindre" il raconte son métier d'artiste, la galère des subventions annulées, l'ambiance générale...je me suis mis là pour les accompagner dit il en désignant des bénévoles en chasubles sollicitant pour la banque alimentaire des dons de matières non périssables à distribuer aux plus faibles.
Pas deux pommes, une. A, fait ses courses, oh pas grand chose, juste ce qu'il peut payer. Il lui reste quarante euros pour le mois. Il traverse les étals des fruits et légumes, les allées de fromages derrière les vitrines réfrigérées mais dont les portes battantes sont inefficaces, il cherche les prix en promotion, il tient en main une boite de sardines, une bouteille de lait. A est un, parmi beaucoup. Les caissières (qu'il faut toujours privilégiées aux machines automates) le confient, les achats souvent sont petits, moindres qu'auparavant.
Les banques alimentaires prennent le relais. Elles sont en alerte. Les restaurants du Coeur, les associations d'aide aux plus pauvres aussi, femmes, enfants, solitudes. Le temps de Novembre qui peut être magnifique, jusqu'à la tombée de la nuit, se dessine socialement à coups de quêtes, de sollicitations, de remises de docs expliquant les besoins. Des boites de sardines, des pâtes, des aliments pour bébé à déposer en sortant dans un caddie. Pendant qu'ils attirent l'attention du public, le musicien a repris sa trompette. Il a le physique de Louis Armstrong, ses joues gonflées. "What a wonderfull word" étend ses notes comme on ouvre des bras généreux. Les passants se sont arrêtés. Ils applaudissent. Lui salue et montre les bénévoles...allez y c'est le bon jour...
Je crois que j'ai humé un air élégant dans l'atmosphère.