Travail 17 mai

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J’ai choisi ce jour de dimanche pour tenter d’écrire quelques lignes sur le travail. Est ce en croisant le regard d’une caissière de Monoprix ?. Elle a sans doute l’habitude de me voir et c’est pourquoi elle a esquissé un léger sourire mais tout sur son visage trahissait un épuisement, une immense lassitude, un questionnement d’évidence : mais qu’est ce que fais là, à passer mécaniquement des achats codés, à demander si la personne à la carte, à demander ensuite si cette même personne veut le ticket, tout cela avec des gens qui ne me regardent pas, téléphone en main…

Le travail de cette femme est celui d’une invisible qui ainsi doit à peu près payer un loyer, de quoi manger, se vêtir, aider sa famille peut être et puis quoi encore? A cette personne et à beaucoup d’autres dans le secteur privé comme public, comment faire accepter le concept aujourd’hui en vogue électorale de travailler, travailler plus longtemps et gagner plus…Le mensonge est trop gros. La condition ouvrière attachée au travail a tant changé au gré des avancées technologiques que tout se passe comme si ce terme d’ouvrier était obsolète !

Il faut avoir un métier, il faut avoir un travail, un emploi, combien de fois ces injonctions sont elles répétées. C’est vrai l’emploi est vital mais le travail ? Comment réfléchir à ce que l’on appelle la valeur travail à partir de cet exemple et de tant d’autres ? Quelle place entend on faire au travail dans une vie ? Quel est le but et l’intérêt personnel d’un travail en cas de salariat, d’employé ? 

Bien sûr choisir son métier, réussir à se faire une place, à exercer ce métier en étant bien rémunéré c’est parfait mais il est avéré depuis maintenant de nombreuses années que cela ne suffit pas, que le management d’entreprise en France est très en retard, que la démocratie sociale est absente, que l’inégalité salariale entre femmes et hommes est toujours patente, que les accidents du travail sont quotidiens et très meurtriers, bref le travail n’est pas vécu par la majorité de ceux qui ont un emploi comme une valeur mais comme une nécessité de survie, une obligation. 

Alors on cherche à moins travailler, à organiser sa vie autrement, ne pas tout consacrer au travail. Les années Covid ont accéléré cette tendance. Là où c’est possible (emploi de cadres, entreprises favorables au télétravail) les exemples de choix de vie personnelle plutôt que de vie au travail sont nombreux. 

C’est évidemment dans les zones urbaines à forte densité pour des raisons de transports, de cherté du cout de la vie que le travail est considéré avec nettement moins d’empathie…

Cela fait longtemps que des syndicats, des organismes internationaux alertent sur le besoin de reconsidérer le travail, de lui donner un sens plus en lien avec l’équilibre indispensable entre celui ci et la vie privée, le besoin de temps libre. Ah cette idée en vogue dans le début des années Mitterrand est désormais raillée, il n’empêche elle est au coeur à présent des signalements de mal être. Il ne s’agit pas de refuser le travail mais de le rendre plus acceptable dans sa pénibilité, dans sa rentabilité. Trop d’écart entre les revenus du salarié ou de l’indépendant et ceux de l’encadrement, trop peu de discussions en interne, de valorisation des postes. 

Ainsi on constate dans la jeune génération des choix de vie qui souvent ne correspondent pas aux études faites. Est ce la prise de conscience que les changements climatiques vont durablement affecter nos existences et qu’il n’est donc pas utile de tout miser sur les heures de travail pour s’assurer une belle vie. 

D’un bout à l’autre de l’échelle sociale cette interrogation existe. Et les discours de droite comme du centre ou de la gauche voisine sont pauvres sur cet état des lieux. Pourtant une société de progrès ne peut s’exclure d’une réflexion sur la productivité, la consommation, les revenus de chacun, le gaspillage, la surproduction…Sans angélisme il est urgent clament maintes institutions internationales d’écouter, de discuter, de définir la place du travail et des femmes et hommes concernées dans la marche d’un pays.