Tôles 11 aout

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En France il y a des maisons de tôle, des cases appelés Bangas. Les tôles ondulées sont attachées entre elles par des cordes, des superpositions baroques , des enchevêtrements hérétiques avec carton et plastique, la nuit quand le vent souffle ça grince et ça irrite les bords coupants des tôles qui s'avachissent parfois parce que ce qui les soutient vacille dans les terrains argileux, boueux souvent malmenés par les pluies. C'est en territoire français que vivent des milliers de personnes sous des tôles , recroquevillées pour avoir chaud, serrées pour ne pas se faire remarquer.

Dimanche dernier vers 20 H la nuit était bien tombée sur le quartier de Majikavo Koropa , commune de Koungou, Mayotte, département 976, 323 mille habitants dont plus de 75 % vivent sous le seuil de pauvreté. Les rares livres d'histoire qui sont consacrés à cette partie de l'île évoque la traite négrière, les ouvriers de la canne à sucre et la présence de milliers de personnes en situation migrante, venus pour beaucoup des Comores voisines.

Un début de soirée dans un banga c'est un repas partagé, des enfants autour d'une mère, d'un père, des grands qui sont allés chercher du travail, de quoi manger, de quoi obtenir on ne sait quoi ou plutôt si on sait : une vie meilleure telle qu'on la devine sur des écrans étrangers...

Dans cette case, le feu s'est propagé si vite que les voisins n'ont rien pu faire et pourtant ce sont des lieux solidaires, parfois violents mais tous partagent le mauvais sort, l'infortune. Les flammes ont fait voler les tôles, tout est devenu brasier. Quand les pompiers sont arrivés après des méandres de chemins compliqués le feu manquait d'âme, il avait fait son oeuvre meurtrière. Une femme de 23 ans enceinte et ses deux enfants de un et trois ans n'étaient plus que cendres. Terrible fait divers où l'on ne sait même pas le nom et le prénom de la femme et des enfants, où l'on peut lire dans la presse locale que le père était absent et que les victimes étaient en situation irrégulière. Cette indication est bien présente dans les communiqués. Comme pour insister sur une cause du drame dans laquelle nous ne sommes pas responsables. Plus de huit mille kilomètres à vol d'oiseau entre Paris et Mamoudzou le siège de la préfecture.

Alors évidemment cette histoire ne fera pas l'avant scène de l'actualité. Les faits divers suscitent des émotions légitimes selon le nombre de kilomètres entre le lieu fatal et soi même. On ne saura sans doute jamais pourquoi cette jeune femme est venue à Mayotte, pourquoi le père de ses enfants était absent, pourquoi ils avaient réussi à se loger sous des tôles pour attendre le troisième enfant. Ce feu là, comme tous les feux destructeurs en métropole, mérite aussi notre attention...