Cerf volant 16 aout
A chaque jour une dédicace internationale, celle de ce jour est officiellement décrété jour du cerf volant. Oiseau de papier porteur de figues fantastiques et de balsa, il tente de relier la terre et le ciel sans jamais y parvenir, tenu, retenu par une main d'enfance puis, le plaisir d'être maître du vol n'ayant pas de frontières, par des bras d'autres décennies. En 2003 Khaled Hosseini américain d'origine afghane a publié un magnifique roman (adapté ensuite au cinéma) sur l'amitié et la trahison : "les cerfs volants de Kaboul". Hier cela faisait cinq ans (15 aout 2021) que les talibans avaient pris le pouvoir tandis que des scènes de chaos pathétiques montraient les départs des derniers avions US sur l'aéroport de la capitale de l'Afghanistan pays de quarante millions d'habitants dont plus de la moitié vit désormais emprisonnée, engrillagée, humiliée.
Les filles et les femmes afghanes ont perdu tout les droits même les plus basiques de l'humanité: la parole, l'accès à la santé, au travail, à la possibilité de se déplacer. A partir de douze ans aucun enfant de sexe féminin n'est autorisé à à aller à l'école ou au collège. Les talibans mélangent l'obscurantisme de pratiques tribales et de lectures islamiques rétrogrades. La femme afghane n'a plus d'existence humaine.
Les cerfs volants de jadis qui faisaient rire les enfants et les adultes dans les rues d'Hérat ou de Mazar-e Charif ont été proscrits tout comme les musiques ou les chansons ; les grandes cages où s'égosillaient les oiseaux multicolores en plein centre de Kaboul ont été supprimées, vidées. La burkha enveloppe l'Afghanistan au féminin. Et il semble malgré cela que les talibans peu à peu obtiennent des ouvertures internationales. Leurs voisins notamment le Pakistan renouent les contacts régionaux à chaque fois pour de bonnes raisons commerciales. Les droits humains sont des chimères embarrassantes.
Les communiqués occidentaux rappellent leurs condamnations du régime afghan notamment envers les femmes. Les organisations internationales comme l'ONU ou les ONG insistent pour que l'on n'oublie pas la moitié de la population lors de toute discussion avec les talibans. Cela semble sans effet. Quelques hommes ou femmes sortis du pays inlassablement évoquent cette situation absurde, criminelle. Mais on s'habitue à tout dans le quotidien de la communauté mondiale où de conflits en guerres, d'horreurs en crimes contre l'humanité, le sort de peuples, principalement celui des femmes n'est pas une priorité ni même un argument qui pèse lourd.
Si, ce dimanche ci, vous appréciez ce mois de vacances, vous voyez des cerfs volants ornés de dessins ou calligraphies faire des sautes sur fond de nuages clairs, si vous admirez l'adresse de ceux qui tiennent le bout de la ficelle et dessinent ainsi des chorégraphies enchanteresses, pensez aussi à ce pays où les yeux des gamines, des adolescentes, des femmes afghanes ne peuvent plus les voir, n'ont plus le droit de lever librement un regard sur la beauté du monde.