Heures 15 aout

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A la bonne heure acquiesce-t-il avec un large sourire. Mais cette heure demeure aléatoire. Nos heures sont noires ou claires, de mauvaises parenthèses, des heures à se souvenir puis des heures à effacer vite, s'il vous plait. Des heures pleines de joyeusetés, d'arrivées et de surprises, de coups de téléphones inattendus et de lettres reçues dans une boite qui se sent souvent vide. Les heures pleines que l'on ne voit pas passer parce qu'elles sont fleuries de rires et de paroles secrètes, de complicités estivales, de retrouvailles affectueuses. Ces heures là se vivent sans calcul, sans même chercher à les ralentir. Des heures de jeunesses, des heures d'âges avancés puisqu'ils sont chargés de connivences, de surenchères pas forcément avérées mais qui, celles ci, meublent une heure avec une telle vivacité que plus tard on recherchera qui a dit ça, qui a déclenché ça.

Les heures pleines de nos vies écartent les tristesses si tentantes, entassent des rires et s'accrochent aux photos prises au dépourvu. En aout, les vidéos de famille, d'amitié, de diners et de verres levés pour trinquer une fois de plus, une fois encore, s'accumulent pour obliger les heures d'après à tenter de battre la performance.

Les heures creuses sont intimes. Des heures à attendre un appel téléphonique, un signe de connivence, un sourire d'échange pour un rien, juste une envie commune. Les heures creuses s'organisent en lectures des événements du monde, en écrans de télévision allumés parce que c'est la seule façon de pousser le silence à aller voir ailleurs. Parce que les heures pleines de Unes avec jet ski Macron et Baiser conjugal Salamé Gluksman ne manquent pas de désintérêt. Les heures creuses sont remplies de réflexions douloureuses ou bien d'émotions gardées depuis longtemps pour qu'elles suppriment les absences. Les creux de vie sont des trésors difficiles à raconter.

Les heures sous les drones en Ukraine sont longues mais elles ne cessent de renforcer les volontés blessées de résistance. Les heures à passer sous des abris en toiles à deux pas des ruines d'une école à Gaza sont des minutes à égrener pour espérer une trêve, une nuit où rien ne viendra détruire encore et encore ce qui reste debout fragile, nu à force de dévastation. Les heures creuses n'ont aucun sens dans des pays où les heures pleines sont celles des guerres, des génocides, des pendaisons, des cruautés humaines. Mes heures ne peuvent l'oublier.

Une heure sans lune faite de musique voisine, une heure qui dure pour rompre la lenteur des températures assommantes et donner envie de se faire des confidences en Bretagne comme dans les Vosges, à Martel comme à Ciboure, près des dentelles de Montmirail comme sur le sable méditerranéen, tandis que la chanson de Nino Ferrer se répète ..."on dirait le sud, le temps dure longtemps, et la vie surement plus d'un million d'années et toujours en été"... Heures pleines pour les yeux grands ouverts.