Timidité 2 juin

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Et puis le vent de l’Ouest est arrivé, un vent sans envergure, presque indocile et léger mais tout de même, il s'est installé, a commencé par repousser des papiers qui trainaient, laissés avec boites et canettes par je ne sais quel passant, épuisé d’avoir englouti des litres de bière sans doute pour fêter une victoire. Puis les arbres de la ville, plantés en grands boulevards, alignés en cordées, pourvus de bras couverts de feuilles tendres se sont mis à l’unisson. Sous l’effet du vent que l’on avait oublié, accablés que nous semblions par la chaleur inédite de ce mois de mai, les arbres citadins refuges d’ombres et de fraicheurs ont bien été obligés d’agiter leurs feuillages. Vu d’en dessous, simple citoyen badaud j’ai observé ces balancements anarchiques et cependant coordonnés. Était-ce contradictoire ? Sans doute pas car je me suis souvenu de l’expression employée par quelques botanistes tels Francis Hallé ou Véronique Mure : ce vide entre les arbres, cet espace qui demeure entre les bouts de branches et leurs feuilles vertes, cet entre-deux qui ne cesse de se rétrécir puis de s’écarter copiant les plissures d’un accordéon céleste, porte un nom. C’est la couronne de timidité.

D’abord la couronne : signe distinctif d’un royaume vaste, indéfini cependant à portée de vue. Ensuite la timidité. 

Timide ! D'un naturel craintif, facilement effrayé, qui manque d’audace et de vigueur...Le dictionnaire n’est pas bon observateur des beautés du vivant. Comment ôter aux arbres le courage alors qu’ils affrontent non seulement les aventures météorologiques mais aussi, et surtout, les violences des humains, leurs saccages et leurs actes polluants. Non, cette couronne de timidité traduit joliment le respect et la délicatesse entretenues entre les arbres, cette politesse d’approche sans effrayer. On se regarde, on se parle, on demeure peut-être dans la tentation, dans l’admiration, peut être dans une séduction muette, on se partage le grand vide en laissant à chacun son temps de liberté.  

La couronne de timidité au-dessus de nos têtes est à l’inverse d’une société grouillante de heurts et de bruits, s’effarouchant des moindres entassements de personnes dans une rame de métro, dans un magasin, sur un trottoir où les croisements piétons s’additionnent aux traversées des trottinettes, des vélos, des voitures, des bus à impériales, des groupes de touristes piétinant derrière un bras tendu surmonté d’un parapluie fermé.  

Les arbres ainsi à distance illustrent avec élégance un mode de vie d’humanité. Les places de chacun sont sans cesse en mouvements et cependant jamais en guerres de territoires. La couronne de timidité donne l’exemple du brassage, des portes ouvertes, de l’accueil sans gêne. Ce vide qui oscille entre deux pointes de feuilles respire l’apaisement, le goût d'être ensemble, distincts, attentifs à l’autre. Prenez donc le temps qu’il faut pour aimer cette timidité majestueuse des arbres où que vous soyez.