that's life. 22 aout
Le spectacle d’été est fait de mille si petites notes de musiques, mille pointes de pinceaux, où chaque corps cherche à se désaccorder pour mieux se montrer. Etre vu. Etre belle. Etre dans une nonchalance.
Puis ce sont les afflux, les encombrements, les trottoirs de familles et de joyeusetés. Les voitures sont à la queue leu leu, elles ronronnent, avancent à peine. Les piétons se faufilent, traversent, se détournent. Une ville d’été encombrée avec le flot des foules en tongs et crocks, une main tenant un téléphone et l’autre pourvue d’un cornet de glace. Il fait beau et chaud ou l’inverse et assis dans une auto climatisée on attend impatient mais contraint.
Sur la ligne blanche ou bien sur une démarcation de béton destinée à obliger les récalcitrants venus de Paris à demeurer dans la file, un homme marche.
Plus exactement il va et revient, semble faire des pas d’équilibriste, vacille, se reprend et avance en cahotant. Il porte des chaussures éculées, sorte de baskets avachies, un pantalon large pourvu de poches ouvertes, une chemise chiffonnée, anciennement rouge ou je ne sais, il ôte sa casquette en cadence pour saluer les conducteurs , il ne fait pas la manche.
Il est là chaque jour ou presque, sans domicile sans doute, sans rien d’autre qu’une solitude à entretenir pour ne pas aller s’affaler sous un porche pour attendre un geste d’une passante, une attention, cadeau rare, quelques fruits à croquer, une pièce de un euro, une fin de soi.
L’homme poursuit son manège, il regarde ceux qui le regardent.
Et il sourit, grand sourire, éclat d’empathie.
Il s’écrie : « c’est la vie ».
On pense à that’s life. Sinatra 1966.
« J’ai été une marionnette, un pauvre, un pirate
Un poète, un ion, un roi
J’ai été de haut en bas, encore et encore
Et je sais une chose
Chaque fois que je me suis retrouvé à plat ventre
Je me relève »
Le salut d’un sans fortune aux autres de ses semblables, heureux touristes dans leurs bagnoles. Ils ne garderont rien de lui, n’ont pas donné à quoi que ce soit. Lui est reparti en arrière, son rôle est en répétition permanente, ne pas troubler l’effervescence, il lève sa casquette et crie encore « c’est la vie ». Et encore ce sourire si franc, si osé.
Regardez ce que je suis. C’est arrivé sans faire gaffe. Je respire, je marche et la vie continue. Et le sourire avec.
La misère n’est pas moins pénible au soleil…