Retard . 29 août

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Tout là haut des trainées de nuages organisent des ombres capricieuses infiltrées par des souffles massifs du soleil sur la gare. Le quai est en attente. Une ou deux heures de retard. Une femme découvre des jambes fines et marche, allant et revenant en parlant à on ne sait qui, sans doute via des écouteurs, elle ne cesse d’allonger ses pas sur le quai numéro 2. Un couple est enlacé, elle a posé sa tête sur son épaule, lui il regarde de côté, en direction d’une arrivée supposée de l’Intercités. Quelques oiseaux piaillent, entament le silence des voyageurs , assis sur le sol refait mais encore en travaux, un homme fume un cigarillo appuyé contre un poteau où il est écrit danger de mort. Les rails ont l’air neuf. Les modifications d’accessibilité doivent durer encore six mois.

La vie ferroviaire s’agrémente d’incidents, malaise de personnes, animaux sur les voies, difficultés de régulation du trafic, intervention des forces de l’ordre, dégâts climatiques, quelquefois une arrivée tardive du personnel. Là on fait semblant de jouer la patience, de demeurer stoïque. Le stoïcisme se cultive en décalage des frénésies du téléphone et des diffusions immédiates, continuelles de toutes sortes de paroles et d’images confusionnées où la coulée boueuse meurtrière du Népal suit l’inflation en hausse, qui précède aussi une nouvelle déclaration de candidature, puis un panier de Wemby, enfin les plaintes contre Bruel.

On attend. Ce ‘on’ est joliment divers. Quelques sourires échangés avec ceux qui sont repartis en ville prendre un café croissant. 

Qu’est ce qu’un retard ? Gagner du temps de parcours mais pourquoi en faire ? Arriver en avance est ce signe de dynamisme ? Le retard permet de tourner dans sa tête tant de questions sur le rythme de vie, les moments d‘avant, vécus trop vite, le temps qui passe à ne rien faire, juste sur un bord de quai à s’étonner des herbes follement belles qui percent entre les traverses ajoutant des points de couleurs aux ballasts grisailleux.

Il me faut penser à une merveille de toile d’araignée sur la carte hexagonale. Les fils sont les rails et comme des traces fugaces de tissage incessant, les rames qui sans cesse vont d’une gare à une autre, se faufilent dans des forêts, longent des autoroutes, sont entre deux eaux et forcément ont des ratées. Le retard s’accepte parce que l’on ne peut faire autrement, ils sont peu nombreux mais marquent les conversations. Je n’ai pas perdu du temps, je l’ai goûté dans sa différence..

A l’arrivée cela devient une anecdote, un obscur moyen de faire l’important. De toute façon dit il à voix haute avec tous les bouchons sur les routes…le reste se perd dans le ronflement grossissant d’un nouveau train indiqué sans affect « à l’heure ! ».