Répétitions 8 Juin
Le feu ne cesse pas. Les rendez vous au Pakistan, à Washington, les réunions en Europe, les annonces tonitruantes et les engagements officiels ne sont que billevesées, balivernes et faux semblants. L’Ukraine de Zélensky propose un entretien direct avec la Russie de Poutine, ce dernier refuse, lance des missiles et l’Ukraine réplique sur des installations pétrolières. Au Proche Orient c’est un jeu à trois ou à quatre entre les représailles israéliennes aux tirs iraniens, les réponses du Hezbollah aux destructions de Tsahal pour le grand malheur du Liban pris au piège avec plus d'un million de personnes déplacées. Les week end n’échappent pas, (pourquoi le seraient ils ?) à ces incessantes annonces de pauses, décisions sous couvert des USA, promesses non tenues et continuité meurtrière de ces guerres entêtées menées par des dirigeants sourds à toutes les condamnations internationales. De fait, cette impuissance diplomatique doublée d’un acharnement militaire alimente à taux variable les médias internationaux. Peu à peu la place laissée à cette actualité conflictuelle est réduite, voire déclassée ou effacée. La Coupe du Monde de football imposera son invraisemblable et indécente puissance financière pour réduire toute allusion aux morts quotidiens à Kiev, Gaza, Tyr ou Téhéran.
Cependant les contacts ne sont pas rompus, la patiente démarche d’un diplomate consiste à reprendre ainsi le langage du compromis ,sans jamais abandonner le tissage d’une trame permettant d’essayer, essayer encore de mettre fin à ces tragédies. Mais ce travail est discret, parcimonieux et dans un monde où seuls les éclats sont retenus dans les images et les commentaires c’est comme si rien ne bougeait. D’où cette impression d’une répétition absurde, sans issue de bombes, d’immeubles fracassés, de listes d’enfants tués, de bébés morts, de secouristes, journalistes abattus. Le pire, si je puis user de ce mot, ce sont les cas évidents d’erreurs, de bavures sanglantes. Ces révélations sont suivies de communiqués de l’armée coupable qui dit enquêter pour en savoir plus. Monstrueuses hypocrisies, foutages de gueule. Tous les agresseurs ont de bonnes raisons pour s’affranchir des lois et autres droits internationaux.
Il faut lire les témoignages des ukrainiens, des palestiniens, des iraniens, des libanais, civils, victimes collatérales pour comprendre leurs détresses, leurs lassitudes extrêmes, leurs sentiments d'abandon. Ils devinent qu’ils n’intéressent pas ou plus. Que les jours du monde se succèdent encombrés de faits divers spectaculaires, que l’on s’habitue. Bientôt l’été. On va vite détourner l’attention publique sur la chaleur, les bouchons automobiles, des incendies, le foot, le Tour de France…"le monde ouvert à ma fenêtre" chantait Jean Ferrat.