Quand il fera froid 26 Juin
Quand il fera froid et que nous reprendrons nos habitudes alors les mémoires effaceront les léthargies et autres sensations de mollesse, alors nous ferons comme si la page était tournée. Nous tournons le dos à tant de choses pour effacer des cicatrices. Il faut vivre chantait Ferré, faut vivre c’est la seule issue offerte. De tempêtes en canicules, de la montée des eaux aux guerres qui détruisent des peuples et des patrimoines, des discours enflammés aux arrangements financiers bref on avance en trainant de quoi balayer toutes traces de mauvais moments. Celui que nous vivons au présent perdra de son acuité dès que la fraicheur se fera ressentir non plus à l’intérieur d’un magasin, centre commercial, cinéma, musée, salles de mairie ouvertes exceptionnellement, mais en soi, en aimant les frissons qui reviennent et qui méritent une petite laine.
Quand il fera froid on en parlera de cette satanée période de grosses transpirations qui arrêta les trains entre dix heures et dix-huit heures, on racontera les chambres d’hôpital à 35 degrés, les prisons surpeuplées torrides, les goudrons qui collaient aux pneus, les bouteilles d’eau en pack de six, si lourdes à porter. Petits détails, sans trop d’importance sauf les morts par noyades, les décès par solitude déshydratée, les bruits lourds des villes ruisselantes de courants d’air presque brûlant. On exagèrera peut-être, on rapportera des rumeurs, des chiffres invérifiés mais peu importe on s’en sera sorti et avec cette assurance tranquille de ceux et celles qui ont échappés aux difficultés, qui sont là pour transmettre leurs expériences, on demandera aux uns qui savent et aux autres qui dirigent, de préparer la suite.
Quand il fera froid c’est à dire un temps de normale de saison, une respiration sans suée, une marche aux allures d’effort tranquille, c’est à dire bientôt, car il y a toujours un quidam pour affirmer " rien ne neuf sous ce soleil étouffant", que ça va passer. Les blasés, les sceptiques par nature se taisent pour l’instant, ils attendent les premiers signes de rafraîchissement pour se remettre à faire comme auparavant. Les disputes sur les climatiseurs deviendront des opérations marketing et les immeubles sans volets, sans conception climatique prévoyante poursuivront leurs constructions parce qu’il ne faut pas désespérer le marché.
Quand il fera frais, notez la nuance, nous sortirons prendre justement les émotions d’un petit vent, d’une sorte de légèreté nouvelle, nous dénicherons les coins d'ombres, dans l’insouciance, dans le fait de demeurer découvert, on flânera en choisissant les lieux devenus acceptables parce que couvert de grandes branches, de grands arbres, sans être capable de dire merci à ceux-ci, qui ont, tant bien que mal, protéger les lieux et les gens épuisés.
Quand il fera froid les glaçons dans un verre feront sourire...et les éventails sortis par brassées dans les rames du métro ? Tu te souviens de nos airs hispaniques en traversant les couloirs entre Chatelet et la Bastille ? Des anecdotes submergeront toutes les promesses de changer de mode de vie, tous les engagements durables...
Que sommes nous en train d’apprendre ? La Covid et tant d’autres épisodes de santé ont permis quelques avancées, quelques progrès de prévention. Du Climat devenu centre immédiat de soucis quotidiens, quand il fera froid, frais, agréable quelle sorte de changements de mode de consommation, de déplacement, de régulation des habitats seront décidés, effectivement. ? Juste avant que le froid ne se prenne au sérieux à son tour et devienne implacable !