Présomption. 3 septembre

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Le danger vient de l’emportement. Le risque est de préférer l’émotion sincère au droit austère. Le dilemme fait que toute prise de position est estimée comme attentatoire au droit de l’une ou l’autre des parties. Si en matière criminelle il y a longtemps que le principe de justice de la présomption d’innocence est bafoué, effacé et même considéré comme un excellent moyen de rendre compte d’une actualité, il n’en est pas de même des affaires de harcèlement, agressions ou délits sexuels, viols…La révolte légitime des femmes et d’organisations militantes a inversé le rapport de force. Les plaintes se sont multipliées, les témoignages sont devenus publiques, la prise de conscience a fortement grandie. Et c’est un progrès.

La présomption d’innocence demeure cependant un pilier de justice et toute atteinte peut être poursuivie. Dans la réalité des affaires judiciaires, peu le sont. Il semble que l’on prenne désormais pour acquise l’idée que l’innocence ne peut être présumée dés lors qu’une femme témoigne de violences subie. A force d’avoir nié ces faits, le balancier s’est inversé et emporte les certitudes.

C’est là que le droit se heurte à l’opinion publique. 

L’accusé n’a pas à prouver son innocence. Une personne suspectée est considérée comme innocente tant que le tribunal n’a pas prouvé sa culpabilité. Ce rappel juridique est intangible. 

Mais le rappeler c’est aussitôt susciter une réaction (compréhensible) des plaignants (tes). C’est risquer de laisser croire que l’on n’accorde aucun crédit à celles et ceux qui se déclarent victimes. 

Or l’exercice de la justice qui se pratique à charge et à décharge en théorie a besoin de temps alors que l’émotion, la douleur s’expriment avec une violence immédiate et exigent réparations. 

Savoir entendre les différentes parties, savoir examiner les faits, savoir interroger les unes et les uns ne peut se faire sur une place publique ou sur un plateau de télévision. Les avocats de la défense ou de la partie civile tout comme le juge d’instruction se doivent d’éviter la dérive médiatique publique. C’est quasi impossible tant il y a de personnes en cause et de mouvements dont le but est de populariser justement un combat qui dépasse souvent une simple plainte. 

Le risque est dans le lynchage publique comme le risque vient de manoeuvre dilatoire de la personne désignée comme présumée coupable. 

Une fois écrit ceci je n’ai pas de recette ou de conclusion. Simplement je m’interroge sur cette société de présomptions de tous les genres y compris de fanatismes, d’excès de langages, de manque de sang froid et de surenchères. Juger vient en son temps. On peut rêver d’une société où celui ci serait respecté en présumant possible que la décision rendue soit incontestable...