Poncif 11 mai
Sans le faire exprès, sans même s’en apercevoir, sans s’imaginer un seul instant faire preuve d’un manque total d’originalité, il nous arrive d’user de poncifs. C’est à dire d’expressions, d’attitudes si peu personnelles qu’elles se fondent dans un ensemble quasi mécanique et quotidien de mots, de signes, de gestes qui encombrent le bavardage général, celui ci étant par nature un flot de lieux communs et de commentaires empruntés à d’autres, dupliqués et reproduits pour rester dans la norme, dans ce qu’il est convenu d’appeler un langage compréhensible. Or ce langage est ponctué de poncifs, parsemé de verbes et de noms qui peuvent tout aussi bien servir dans un sens ou dans un autre.
Le poncif est un papier calque, une matière qui permet par transparence de dessiner des contours, en somme c’est une pratique de copiste.
Sur les plateaux de télévision la pratique du poncif est constante et paraît inévitable. Comment pourrait on s’exprimer sans discontinuer pendant des heures diurnes ou nocturnes en se renouvelant. Sauf peut être au Collège de France. Hélas et vous l’aurez remarqué, ce qui se passe sur les scènes des TV en continue, relève plus des propos de comptoirs que des leçons inaugurales maintes fois préparées et travaillées. Les poncifs peu à peu, à force d’être enfilés tels des perles rondes faciles à gober, instaurent dans l’air ambiant des idées reçues, des banalités, des rumeurs, des on-dits. Que ce soit sur la vie politique nationale ou sur le dernier match de football du PSG, sur les difficultés sociales dans une entreprise ou dés qu’il est question du Moyen Orient, ou de Donald Trump. Tout semble dit et redit, le catalogue des poncifs est vaste.
Le souci vient non pas de l’usage de poncif (qui n’en pas usé ?) mais bien d’une perception faussée: le poncif s’impose comme une vérité, un argument que l’on avance en arguant qu’Untel l’a dit, que c’est écrit que c’est précisé ici ou là…Or un débat politique doit pour être de qualité reposer sur des propositions, un projet concret, des engagements chiffrés. Le poncif est à l’opposé, un moyen de demeurer dans la vague majoritaire, celle qui prétend tout savoir, dire une opinion sans toutefois la faire reposer sur des faits précis. Le poncif permet d’aller hardiment dans le sens du vent porteur des sondages d’opinions.
Pour réduire autant que possible l’espace des poncifs, il convient de prendre du temps, de savoir étudier puis comprendre un thème, un discours, un fait, puis de choisir le vocabulaire adéquat et s’exprimer de façon concise, claire sans employer des termes vagues. Aïe on en est loin dans le grand flux média…