Plat de résistance 31 aout
Dans les bonnes maisons bourgeoises il y a l'entrée, le plat de résistance, le fromage et le dessert. Du copieux qui permet d'être rassasié et donc de résister à je ne sais quel manque. Or les us sont changeants et les modes de consommation alimentaire varient, selon les régimes, les religions, les allergies et les conseils diététiques collectés dans des journaux ou livres dits de mieux vivre. Ce qui m'a intrigué c'est la demande d'un plat de résistance venue d'un ami non boulimique mais gourmand. Il entendait ainsi faire un vrai repas et non pas une sorte de mise en bouche faite de tapas et autres mini mini entrées destinées à tromper la faim.
Mais tu veux résister à quoi ? A la tentation d'aller manger ailleurs a t il répondu. Un peu pris au dépourvu j'ai cherché une équivalence, une manière habile de détourner le sens de la résistance du plat pour aller vers d'autres catégories ou univers.
Nous avons convenu que le tableau politique présentement s'y prêtait: nous en sommes aux hors d'oeuvres. Les 'oeuvres' comprenant le plat de résistance déjà nommé, tout ce qui ne l'est pas est littéralement 'hors' d'oeuvres. En matière de campagne électorale le hors d'oeuvre consiste en une accumulation de noms et prénoms, de programmes ou de promesses, de comité de soutiens, bref en une série non finie d'arguments à destination des clients électeurs, impossibles à chiffrer et à vérifier. Dans cette acception nous sommes pourvus de plusieurs dizaines de candidatures qui précèdent ainsi l'entrée (c'est à dire l'entrée en lice, dans l'arène) qui elle même devance le consistant du plat principal. Pour le dessert du 2 mai 2027 (le fromage est facultatif) il faut attendre que la décantation liquide fasse son travail et libère quelques possibles afin que la mise à table soit sans bousculade.
La comparaison autant qu'elle puisse être moquerie peut aller loin mais pour ce jour j'en resterai à l'idée de la résistance comme théorie de satisfaction gustative. Nous allons en manger des éléments électoraux coloriés par des concurrents de même famille du centre, sociaux démocrates, droite convenable et extreme droite liées, dont le but est de marquer les esprits extérieurs et de se placer ainsi en garnitures pour demain du plat couronné.
Et dans tout ce galimatias on peut parler du changement climatique, des inégalités sociales, du respect de biodiversité, des hôpitaux et des logements, des guerres ? Pour l'instant le menu ne comprend pas ces plats roboratifs. Et pourtant ils sont les participants à la résistance en cours que tout humain de la planète doit soutenir pour arrêter de faire comme si tout était normal, comme si le danger de la droite extreme n'existait pas, comme si tout ce qui est écrit et publié par les scientifiques ne valait pas d'être à la carte des desserts.