Perplexité 5 mai.

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Le précieux écrivain qu’est Christian Bobin explique qu’à observer nos semblables, à les regarder dans les yeux, à demeurer en contemplation de leurs agissements soudain on peut tomber dans ‘un abîme de perplexité’.

Cela vaut pour toutes sortes de gens. Les connus, les puissants, les dirigeants du monde, les chefs de sociétés riches à milliards, cela vaut également pour celui qui est assis en face de vous dans une rame de métro, un Intercités Lio ou bien celle qui attend sur banc dans un square à peine perturbée par les premières gouttes de pluie de ce printemps déréglé.

Bien sûr les actes et propos du président US rendent perplexes, tout comme le visage de Poutine, les décisions de Nétanyahou ou les discours incohérents de Bardella (mais là on est au niveau bas). L’abîme est fait de grottes et de recoins invraisemblables de déraisons, d’absurdes prétentions et de désastreuses idées conduisant à la destruction d’un peuple. Les ruines qui s’amoncellent au Liban, en Palestine, en Ukraine, les prisons où l’on entassent des opposants, des enfants, les terres sans eaux où les gosses lèchent le sol pour recueillir une goutte d’eau, tout ce qui nourrit les images et sons de l’actualité sont dans cet abîme de perplexité.

Comment espérer comprendre l’âme humaine dans cet acharnement tragique ? Se mettre à couvert, fermer portes et fenêtres, réclamer des bonnes nouvelles exclusivement ? Cela me semble impossible, injuste aussi. Nous avons à vivre ensemble. A nous regarder pour éviter de sombrer. Et c’est un exercice d’apaisement car il suppose d’écouter, de discerner ce qui permet de découvrir des sens, des principes, des possibilités de mieux vivre. Chercher la beauté n’est pas nier toutes les misères révélées en flots boueux continus c’est plus sûrement accompagner au jour le jour le genre humain.

Une photo d’un vieil homme (87 ans) allongé sur les ruines de sa maison abattue par une pelleteuse israélienne dans le sud Liban, vient en silence apporter cette émotion qui doit sans cesse affleurer pour se sortir de cette perplexité, pour malgré tout partager des mots d’amour dans toutes nos colères ou révoltes. Ce qu’il faut craindre est que cette perplexité entretienne des peurs, des envies de renoncer à réfléchir, à lire, à converser, à se battre aussi, si on le peut.