On s'habitue. 11 septembre
C'est lassant une guerre qui dure, se répète, bégaie des images qui ressemblent aux précédentes...Alors on ne fait plus guère attention. Sauf si une amie d'un ami est concernée. Elle appelle chaque jour en Ukraine des cousins, cousines, des amis. Discrète elle n'avouera pas qu'elle y pense à chaque minute de sa vie ici. Les nouvelles tournent en boucle. Les scènes de gens stupéfaits, en larmes, usés, accablés par quatre ans de bombes et d'alertes, de drones de plus en plus sophistiqués, de tonnerres de chutes de murs et d'immeubles, de béances dans les façades, de gravats d'où sortent des ferrailles tordues.
On s'habitue n'est ce pas.
Mais il suffit de mettre en pause une photo d'un reporter, où l'on découvre une femme assise sur un bloc de béton au milieu, au milieu de quoi, de plus rien sauf un champ de ruines. Et si c'était l'amie de cette amie, si c'était elle qui ne répondait plus aux appels téléphoniques de France ni d'ailleurs, si elle n'attendait plus d'aide ou de soutien, si c'était par elle l'image de la désespérance ? Ce n'est pas une guerre lointaine. Les armes de Poutine sont si proches.
Dernières informations : L'Ukraine frappe à Sotchi, à Makhatchkala, à Novorossïïsk affirme le communiqué. Le même jour des drones russes jettent des bombes sur des immeubles d'habitations à Kramatorsk (19 blessés) et sur un centre commercial à Pavlohrad (Oblast de Dnipropetrovsk) : 4 morts et 34 blessés. Voilà je recopie des noms et des chiffres sans connaître rien de ces villes, à peine ai je cherché sur une carte...Les centres commerciaux sont identiques presque partout. Les clients sont nombreux. C'était bondé à l'instant où le toit a éclaté.
Et puis entre ces faits de guerre une ligne pour préciser que l'on envisage un prochain "round" de négociations entre russes et ukrainiens. Une sorte d'entre deux banal. Pendant les bombes sur les civils les militaires russes et les politiques des deux bords discutent. L'absurdité funeste.
Et ce sentiment d'être dans l'incapacité de ressentir ce que cette femme vit, de loin, ce qu'elle scrute dans les mots téléphonés de tension, de solitude, de peur, cette peur de la mort qui s'abat sur le cycliste de passage, la voiture d'un couple de retraité, une famille avec ses gosses qui ont eux aussi pris l'habitude des ronflements sinistres des drones. La guerre, nous ne la connaissons que via des documentaires, des reportages, des livres.
Mais on ne peut pas s'habituer à ça confiait un homme aux cheveux blancs, dans un document d'Arte je crois, mal rasé il portait une casquette avec un pin's aux couleurs de l'Ukraine. Autour de lui, tout était gris poussière.