Neutralité 1er mai

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La neutralité (qui s’abstient de prendre parti, de s’engager) me paraît un vaste mensonge, une manière de se laver les mains afin de ne pas se salir, une façon de renvoyer les belligérants, les antagonistes, les oppositions et les majorités dans un même geste de dédain. En journalisme on ose parfois appeler cela l’objectivité. Foutaises l’objectivité n’existe jamais. Chacun, chacune a sa culture, son éducation, ses émotions intimes, voire sa religion, sa croyance, ses lectures, sa vie personnelle faite de choix ! Or choisir c’est justement ne pas rester tel un âne hésitant entre le foin et le seau d’eau sans se décider. Le journalisme c’est faire des choix et là commence la subjectivité permanente dissimulée sous un couvert neutre. Celle ci étant le plus souvent conduite par souci économique ( il faut vendre du papier, faire de l’audience donc chercher à plaire) , par déterminisme personnelle (j’aime les faits divers, j’aime ce qui est spectaculaire, je me fiche dece qui s passe loin d’ici)…et c’est très bien ainsi, cela permet une diversité d’interprétation de l’actualité.

Un journal média tels ceux de la Une ou de la 2, avec un rendez vous fixe traditionnel à 20 H ne peut prétendre à la neutralité. Ce serait encore une fois tromper le public. IL doit en revanche tenter la rigueur, l’honnêteté intellectuelle, l’explication pédagogique et faire un choix qui réside dans une idée simple: quelle est l’information la plus importante de la journée, combien de temps doit on. y consacrer, quel ordre donner aux autres infos du jour ? Il semble bien que peu à peu ces questions simples aient été balayées. Les JT sont encombrés de petits faits divers locaux (il faut capter cet auditorat) sans conséquences, les reportages internationaux sont présentés comme des événements, c’est à dire rares, les sujets diffusés se succèdent§dent dans une continuité révélatrice de l’intention: tout se vaut, faites votre choix, débrouillez vous. Comme dans une cafétéria où le client opte selon ses envies.

Ainsi à propos des bénéfices colossaux engrangés par Total: plus de cinquante milliards d’euros reçus suite au conflit au Moyen Orient. Le chiffre est cité et ensuite on va à la pêche aux réactions des automobilistes dans une station service de préférence pas trop loin du siège de la rédaction. Là on équilibre deux voix qui râlent, deux voix fatalistes puis on trouve un spécialiste qui analyse sous forme un peu critique et un défenseur du profit de Total. Et c’est emballé ! DEs poignées de secondes pour les uns, des poignées de seconde pour les autres et c’est bon ! La rigueur commanderait de développer pourquoi Total gagne autant d’argent, pourquoi les actionnaires perçoivent autant puis de décomposer ces sommes, puis d’aller chercher dans des pays voisins les options politiques différentes, puis de faire un édito relevant cette indécence née de la guerre et les possibilités pour un gouvernement d’agir. Mais non ! on fait le boulot au plus rapide, on diffuse et on passe à autre chose sans guider le spectateur vers une réflexion.

Ainsi concernant la surpopulation carcérale en France ! Record battu chaque mois. Deux cent pour cent d’occupation des locaux pénitentiaires en France. Condamnations multiples des Cours européennes , alarme tirée par la défenseur des droits, la déléguée chargée des lieux de privation de liberté…Chaque mois c’est un peu plus de détenus dormant à terre entre cafards et toilettes. Seule réponse officielle: construire des prisons ce qui équivaut à aller toujours plus avant dans l’enfermement plutôt que dans la prévention. Faute de réfléchir à la notion de peine, de punition légale on enferme, on entasse et puis on ne veut pas savoir. Les personnels des prisons sont accablés, en danger, dans l’incapacité de faire leur travail. Mais comme les prisons sont des lieux clos, à l’écart on fait les sourds et les aveugles. Des hommes, des femmes vivent en cellules dans des conditions épouvantables, indignes. Les voix qui s’en émeuvent sont rares et peu entendues. Les leaders politiques se gardent bien d’aborder avec intelligence ce thème. Les grèves des personnels de la pénitentiaire sont si peu relevées par les médias. Les journalistes y sont eux aussi rares, absents de cet état insensé de la politique pénale. En son temps un chroniqueur judiciaire Fredecric Pottecher avait révélé la vétusté des prisons en France, c’était il y a une soixantaine d’années. Aujourd’hui c’est pire. Les JT se tiennent en retrait. Même la mention de cette surpopulation n’est pas faite ! Une vraie faute à mon avis.