Montre molle 19 juin
Volets clos contre la lumière de la chaleur, fenêtres ouvertes pour la nuit entre, fraiche, attendre, attendre que cela cesse, redevienne une normale de saison, ouvrir un réfrigérateur ne serait ce que pour entendre le froid...les petites pensées sous la canicule n'ont pas besoin de longs discours sur les alertes oranges ou rouges et le chiffrage des départements de l'Hexagone touchés par une vague énorme. Sous équipée en trains convenables, la SNCF annule des trajets vers le centre du pays quand les degrés montent comme si cela était imprévisible. Comment font les sociétés ferroviaires dans des pays habitués aux chaleurs extrêmes ? Toutes sortes de questions arrivent dans la pénombre des jours lourds avant même que commence la saison d'été. La seule qui vaille : ces météos inédites feront elles prendre conscience du réchauffement climatique, de l'urgence de faire effectivement des choix écologiques drastiques rapides ?
Et puis il y a cette image, revenue sans doute d'un imaginaire surréaliste, les montres molles. Tableau peint en 1931 par Salvador Dali. Par quarante degrés, si l'on s'observe sans fléchir, nous ralentissons, suons, transpirons, nos manières délaissent le raide et le précipité pour une lenteur de goutte à goutte. Dali en créant ces tableaux de montres molles voulait symboliser la bataille contre le temps. Bataille perdue d'avance, nul humain ne peut espérer gagner contre l'inexorable avancée du temps. Il s'inspira d'un fromage. Coulant, délaissant son enveloppe, il s'avachit, déborde devient langue souple, mollusque...Mais Dali (il faut écouter le phrasé du peintre pour mieux retenir ses saillies verbales) était fasciné par Einstein et la théorie de la relativité restreinte et générale..."l'énergie et la masse sont liées, la gravité est une courbure espace temps" (bien évidemment je recopie ce que je lis car il me faut à chaque fois demander des explications supplémentaires à une intelligence qui ne soit pas artificielle)...donc la mollesse s'interrompt, la montre est déformée, suspendue...
De même nous semblons suspendus, en attente d'un changement de degrés vers le bas, des minutes et des jours se suivent dans cette suspension d'activités trop incompatibles avec les effets ravageurs du soleil. Sur la toile du peintre, le temps est figé. L'illusion de pouvoir ainsi retenir son écoulement...mais alors que la matinale s'achève et avec elle un air respirable il suffit d'écouter les bulletins radios pour revenir à la réalité d'un climat accablant. Alors, prendre un livre, se poser, boire de l'eau et oublier la montre, le temps écoulé et à venir. Si possible !