Mélange 26 mai

Partager

Une ardéchoise heureuse de l'être, fière du Mezenc et du Gerbier des Joncs, m'a confié être quelque peu dérangée par le fait de mêler ici (et en d'autres circonstances, supports et publications) les divers désastres de l'actualité et les récits nettement plus apaisants de voyages harmonieux. Ecrire sur la beauté d'une vallée, l'effervescence d'une ville et la guerre lointaine qui détruit humains et et cités. Il serait mieux de séparer les choses de la vie afin de ne pas perturber le bonheur littéraire que donne une description soignée voire poétique d'un panorama grandiose. Les nouvelles du monde sont anxiogènes autant les mettre bien à part dans une relation littéraire !

Voilà un remarque entendue maintes fois. Les Journaux d'information seraient porteurs de mauvaises nouvelles, celles ci sont des avalanches successives de crimes, d'accidents, de bombardements, de saccages et de chaos. L'impression étant renforcée par la multiplication des médias en continu et par l'habitude prise de regarder son écran téléphonique en permanence. Ce flux médiatique accroit le sentiment d'insécurité, de rejet des autres, de repli sur soi. Combien de personnes s'estiment en danger simplement parce qu'elles ont vu, lu, entendu des faits divers, des actes de terrorisme pourtant fort éloignés de leurs lieux de vie !

Il faut ici bien éclairer le sujet: les journalistes ne font que relater ce qui existe, ils rapportent des faits avérés. On ne peut ni ne doit les dissimuler. Il est vrai nonobstant que de nombreux bidouillages, nombreuses approximations, des 'fake news', alimentent le doute et la méfiance envers ces médias tout en se propageant en peurs irraisonnées, mais bienvenues pour les militants d'extreme droite. La manière dont les partis de cette extrémité de l'espace politique jouent des angoisses populaires est effrayante car elle est souvent plus forte que les appels à la raison et à l'intelligence.

Il me semble que l'on peut parfaitement tenir une chronique personnelle quotidienne où se mélangent des notations agréables, voire heureuses et des émotions nées d'inhumanités monstrueuses. Evoquer Kiev ou Gaza me parait légitime si je veux garder ma fenêtre ouverte sur le monde, si je veux me sentir comme faisant partie intégrante du reste des sociétés de la planète. C'est difficile, malaisé parfois mais le privilège d'exercer le métier d'informer oblige à une vigilance la plus large possible. Bien sûr tout ne se vaut pas. Il y a des évènements plus importants que d'autres, des détails qui n'en sont pas parce qu'ils révèlent des dysfonctionnements sociaux. Alors je tente toujours de chercher ce qui donne un sens à la relation écrite ou orale de ces faits. Ils ne se heurtent pas entre eux, ils s'additionnent, donnent un aperçu partiel mais sincère d'une pensée, d'une conviction.

Il y aura donc des jours où le compte rendu sera construit avec des larmes et des questions tout autant qu'avec des joies privées. C'est la richesse cruelle mais juste de la vie humaine dans ce qu'elle a de magnifique et de tragique.