Lilas. 17 avril

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C’est la couleur qui intrigue. Du violet de loin, presque rose de plus près, du rouge sang en s’écartant un peu et puis un je ne sais quoi de fragile, de têtu, un défi. Le lilas est en fleur à Paris. Des grappes inégales, une densité presque joviale de petites pétales en graines, les fleurs Lilas se découvrent au détour d’une sortie de métro. Et semble hésiter entre le bonheur d’être là et l’offense faite à la date. En avance. On dit, on chante le lilas de mai mais celui là est d’avril, un mois à peine à demi fait, d’où la surprise, l’enchantement et l’étonnement. S’étonner de la précocité, d’abord s’en réjouir, enfin, on est sortis de l’hiver, des moments gris, la capitale est vernie. Puis réfléchir, le climat, l’échauffement ou bien juste une légère anomalie qui ne déroge en rien les statistiques de météo france. Il est toujours utile de relire les courbes passées et leurs évolutions sur des décennies.

A distance de quelques mètres, le lilas est de l’autre côté du grillage qui enserre le square, il domine légèrement la montée des marches issues du souterrain transport, pas d’odeur, pas de parfum bienvenue, même pas une effluve. Il faut sans doute pour cela contourner le lieu, passer devant le Grand Magasin, traverser une terrasse encombrée de tables où déjeunent des gens pressés et des passants passifs et entrer dans le jardin municipal où des tuyaux d’arrosages sont encore enroulés, attendant un usage régulier. L’effort permet alors d’humer, de ressentir, d’aimer cette venue avant l’heure.

On “les gens en lice dans les compétitions politiques, les débats télévisés” ne parle guère du changement climatique, de la terre en surchauffe, des conséquences de nos consommations, de nos gaspillages et de notre dépendance aux énergies fossiles. Il semble que cette urgence soit passée sous les tables des enjeux, niée par les dangers des guerres et les folies verbales d’un dirigeant puissant. Déjà les préparatifs présidentiels occupent les esprits d’un triangle parisien de déjeuners avec eau plate. L’écologie est un doux souvenir auquel on ne fait référence que sur un malentendu. Tous d’accord mais n’en parlons pas. Ah si aujourd’hui un rapport international évoque la montée des eaux à Venise. Mais Venise …La cécité et la surdité concernant le climat est spectaculaire.

Le lilas m’a fait grand plaisir. Bonheur immédiat. La suite de la vie du monde oblige à s’en contenter. La terre gronde pourtant.