Librairies 5 Juillet
“mais qui aurait pu prévoir !?”...voilà une exclamation récurrente dès lors que l’on questionne des gouvernants à propos de la canicule et de ses conséquences humaines, dès lors que l’on remarque les effets dangereux des pesticides, des algues vertes, des bétonnages, des réintroductions de néonicotinoïdes...Qui aurait pu prévoir !? Eh bien il suffisait de lire mesdames et messieurs. Les livres contiennent les analyses des causes, les détails des conséquences, les prévisions des catastrophes prochaines, les livres sont là, rédigés après des études, des enquêtes, des comparaisons, des recherches scientifiques. Les livres avaient prévu. Lire un livre c’est accepter la lenteur de la lecture, la durée de la compréhension, la possibilité de revenir en arrière juste pour être certain.
Il existe sur le territoire français 3000 librairies indépendantes et entre 20 et 25 000 points de vente en grandes surfaces, grandes enseignes. En 2024 on a recensé 129 ouvertures de librairies contre 79 fermetures. Depuis il semble que ces deux chiffres s’inversent, la fermeture de Gibert, les mises en liquidation judiciaire du Furet à Lille et plus récemment de Sauramps à Montpellier et Ales indiquent toutes les difficultés de ces grandes librairies prestigieuses confrontées à une baisse des ventes, baisse de la lecture et charges trop lourdes.
Une librairie c’est avant tout un lieu de promesses et de voyages. Sauf à avoir précédemment fait son choix il est un bonheur : errer entre les tables, chercher ce que l’on ne sait pas, ce que l’on ne connaît pas, s’attarder sur une note de lecture du personnel justifiant un coup de cœur. J’ajoute qu’un livre ne doit pas aller nécessairement dormir sur une étagère, qu’il peut, qu’il est même préférable qu’il circule, qu’il passe de mains en mains. Le sort des libraires n’est pas une sinécure : gestion de stocks, locaux chers, charges importantes. Depuis la Loi Lang sur le prix du livre qui a eu de bonnes répercussions il apparait que le système vacille quarante ans plus tard. Les liseuses (un peu), les habitudes de vies tournées vers les écrans (beaucoup), la cherté des ouvrages (prix du papier, des imprimeurs) et les ventes en ligne ont considérablement chahuté le paysage libraire.
Lire ne fait pas de bruit, c’est un sentiment accompli de curiosité, une occasion de se mettre à l’écart, de se nourrir et puis de partager. Souvent les noms des librairies sont des invitations souriantes (Feuilles et thés, Livresses, Belles pages, L’amour du livre...laissez-vous tenter, entretenez ainsi le réseau des libraires où coulent des pages d’aventures et d’émotions, des larmes, des joies, des idées pour demain, pour prévoir...