Les Feux 10 Juillet

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Il y a cette grisaille en arrière plan, une sorte de fumée ou de brume, un monde trouble, un arrière plan incertain, peut être est ce l'odeur d'une terre brûlée, d'un incendie d'avant hier mal éteint, des arbres qui étouffent et se rendent comme se rendent des soldats pris au piège. Il y a ces visages sans mots, ces interviews qui ne veulent rien dire mais qui disent tout des angoisses, des détresses de celles ou ceux qui regardent les restes de leurs vies, des restes en cendres, des morceaux de quelque chose qui voulaient dire on habite là, on est de cette terre. Les feux courent. Des pompiers meurent, hommes volontaires acquis à l'idée d'un service public quoi qu'il leur en coûterait. L'un d'eux, 22 ans, est mort renversé par un rocher sorti de sa gangue par les flammes, à Planay en Savoie. Il s'appelle Baptiste Gerfaud-Valentin, il venait de passer avec succès son examen pour devenir pompier professionnel.

Il y a ces constats désespérés, ces regards rouges, ces visages d'épuisement et puis quelques gestes comme pour inviter à venir voir, à indiquer à la caméra des bois noirs, des pierres noires, des sols morts. Les incendies d'ici, de là bas, ces départs de feux, ces coups de vents complices déplacent d'un côté l'autre de l'autoroute des brasiers sans répit. La lutte est féroce, de cette férocité des éléments majeurs tels le feu contre les moyens humains, Canadairs, lances à eaux, brigades mobiles, positions d'extrêmes dangers pour quelques pompiers suréquipés mais forcément inférieurs à cette force incroyable des flammes attisées, sans parades, cruelles.

Nous ne sommes pas prêts pour les canicules à venir. Nous avons des hommes et des femmes engagés, des véhicules, des travaux de prévention mais tout est balayé par l'effrayante poussée du changement climatique. Les digues officielles ne tiennent pas. Nous n'avons pas pris conscience que cette canicule annonce d'autres tempêtes de.chaleur, d'autres dérèglements autrement importants dans nos organisations de vie.

Les habitants victimes entendront des paroles venues des assurances, des institutions, peut être seront elles dans l'immédiat plus ou moins indemnisées mais c'est un pansement, ce sont des cautères vieillottes sur des jambes endolories. Les budgets d'Etat doivent désormais tout concevoir en fonction du climat à venir. Il n'y pas d'échappatoire possible. ll faut donc repenser l'économie, la production, les transports, la construction citadine afin d'envisager d'être capable à minima de résister.

Une femme débout en bord de route, les cheveux en désordre, désormais sans logis regarde les nuages de fumée au loin, elle les prend en photo. C'est dérisoire, c'est seulement le besoin de ne pas perdre en mémoire ce qui vient d'être vécu. Elle est filmée, cela n'a plus d'importance.