Lendemains . 13 septembre
Tout occupé à vivre l'instant, les lendemains apparaissent sans crier gare. C'est dimanche et hier ils étaient en train de se pâmer (mot faible mais ne pas succomber à la tentation du délire) devant Céline Dion. Hier ils faisaient fête d'un mariage inattendu : deux hommes vivant en couple depuis tant d'années. Et le même jour c'étaient des anniversaires de plusieurs amis, tous remerciant, tous encombrés de sollicitations reçues sur leurs écrans pour du vin ou des voyages fantastiques. Dingue comme on se sent épié jusque dans sa journée de naissance. Hier on a fait une surprise à celui qui se lamentait de ne pas nous voir. Voilà et aujourd'hui c'est lendemain. Le jour d'après, éparpille trop vite les souvenirs des rires, des cadeaux ouverts, des verres cassés, des chansons à boire et des buffets dont les restes vont permettre de tenir bien au delà du lendemain. C'était tellement du bonheur.
Hier un ami accompagnait au cimetière près de la mer sous un ciel de toute beauté sa maman. Maintenant commence l'absence.
Les lendemains peuvent durer des années : la mémoire garde les événements en réserve et s'oblige à des cérémonies de souvenirs. A New York vingt cinq ans après les témoins rescapés de l'effondrement des deux tours du World Trade Center ont recommencé le récit de leur journée d'épouvante. Ils ne cesseront jamais de se répéter et c'est très bien ainsi. Comment pourraient ils vivre sans témoigner? Sinon c'est faire injure aux noms des victimes gravés (2977) au mémorial de New York 180 Greenwich street.
A Santiago du Chili au Palais de la Monéda le rappel du coup d'état de Pinochet ( 11 septembre 1973, mort de Salvador Allende ) est plus discret. Le président en place élu en début d'année, José Antonio Kast ( classé à l'extrême droite nostalgique du dictateur) a bien l'intention de refermer les lendemains de justice pour tirer un trait et même réhabiliter quelques personnes condamnées pour tortures et crimes.Ce jour est un lendemain de défaite.
Il y a trente trois ans à Washington en présence du Président Bill Clinton les accords longuement travaillés à Oslo entre Israel (Yitzhak Begin, Shimon Peres) les palestiniens ( Yasser Arafat) étaient signés. Jour d'espérance pour une solution à deux Etats sur une même terre. Une ère nouvelle était possible. Certes il y avait encore beaucoup à négocier, beaucoup de rencontres et de discussions mais le premier pas de 13 septembre 93 était un grand pas d'humanité. Un peu plus de deux ans plus tard Yitzhak Rabin était assassiné. Sale lendemain qui annonçait ce que l'on connaît à présent.
Réfléchir avant qu'il ne soit trop tard aux lendemains c'est aussi faire un travail de mémoire. Tant de victoires non suivies, tant de journées de gloire balayées...Tout ce dimanche sera rempli de meetings, de rassemblements, de discours destinés à gaver les lendemains longs jusqu'au mois de mai prochain. En attendant le vote tout ce qui précède est à utiliser avec prudence....