Honneur 16 juillet
Oh c’est un bien grand mot, l’honneur, avoir de l’honneur, garder le droit à sa dignité morale, il est mis à toutes les sauces contemporaines, ainsi peut on saluer celles ou ceux qui résistent, défendent une cause juste et ne transigent pas. A cet égard refuser la légion d’honneur comme vient de le faire Rachida Brackni, "mon honneur se situe ailleurs " se justifie -poliment- l’artiste, est marque non pas seulement d’une légitime rébellion mais d’une conviction solide.
Ce matin du 16 juillet j’ai pensé à cette date parce que celle ci m’a toujours semblé détenir une bien petite place dans notre mémoire nationale.
Il est vrai que j’ai sur mon chemin régulier vers le métro Bir Hakeim la possibilité d’emprunter le trottoir de droite de la rue Nélaton. Cette voie parisienne est sans charme, courte et serrée entre des immeubles vaguement hausmaniens d’un côté et diversement modernes, en façade de verre de l’autre. La végétation cache les étages bas. En ce moment la fraîcheur est agréable.
En longeant les clôtures on ne peut omettre de regarder un petit emplacement, quelques mètres carrés de gravillons, quelques symboles, un rectangle insolite fermé par une grille anodine. C’est tout ce qui reste d’un énorme ensemble sportif, le vélodrome d’Hiver rasé en 1959. Rasé pour de bonnes raisons sans doute mais aussi parce que ce lieu était celui de la honte et du déshonneur.
Un 16 juillet 1942 à quatre heures du matin commença une rafle menée par des gendarmes et policiers français aux ordres du gouvernement de Vichy dirigés par René Bousquet. Ce préfet fit du zèle. Les nazis voulaient les juifs étrangers, apatrides mais les uniformes sous capelines des gardiens dits de la paix parisiens raflèrent aussi les enfants en bas âge. Entassé dans ce vélodrome ils furent ensuite conduits par des trains de Nuit et Brouillard vers Auschwitz. Moins d’une centaine d’adultes en revinrent. Aucun enfant. Alors aujourd’hui, rue Nélaton dans un belle indifférence on passe devant ce jardin triste où la mémoire des gosses assassinés par les nazis avec la complicité des flics français est modestement rappelé.
C’était un 16 juillet. J’avais noté cette date parce que c’est un jour d’été, un jour de vacances, d’insouciances. Les photos de 1942 montrent une foule raflée portant des manteaux, des sacs et des valises. La ville a laissé faire à part quelques remarquables aides qui ont prévenu de la rafle des voisins, des amis. Le déshonneur institutionnel français est là, l'honneur de quelques uns aussi.
Il est blotti dans quelques mètres carrés de la Rue Nélaton. C’est non loin de la Tour Eiffel. Les touristes sont nombreux. La grille du jardin est ouverte à qui veut.
Un 16 juillet avant l’aube le vélodrome au circuit de bois s’est rempli de familles apeurées, juifs de tous les pays et d’autres dénoncés par des français sans honneur, ayant perdu toute conduite morale…Un 16 juillet, comme aujourd’hui, je sais c’est indélicat de venir troubler la quiétude estivale…mais comme l’écrivait Jean Ferrat…je ne chante pas pour passer le temps…