Grimper. 6 septembre
Il faut tendre vers l'impossible disait Charlie Chaplin. Pour le commun dont je fais partie, l'exploit suppose une force, un imaginaire, une patience, une capacité à se dépasser. La jeune femme qui raconte sa passion grimpe des faces rocheuses sans crier victoire si ce n'est parfois en parvenant en haut, là où elle voulait arriver. C'est simple à raconter c'est impressionnant dans les détails. Savoir avancer pas après pas. Se donner la possibilité de progresser sans célérité mais passer d'une faille à une autre, accrocher ses mains, ses pieds, tenir son corps à l'horizontal via des mousquetons, des pitons enfoncés, respirer, se placer en situation constante de disposer par l'observation scrupuleuse des détails de la roche, des fragilités ou pas de la pierre des moyens de progresser. Elle grimpe parce qu'elle aime ce sport sans héros, cette envolée à corps à corps en esquissant au dessus du vide des tracés physiques qui peuvent, de loin nous donner des angoisses et qui en réalité dit elle sont juste un respect de la discipline de l'escalade de haut niveau.
Pas à pas, avancer. J'ai retenu ce modeste aveu comme une leçon de vie. Vie sociale où l'exercice professionnel ne saurait s'accompagner d'une frénésie, d'une ambition qui se croit obligée de brûler les étapes. Un geste après l'autre, comme un apprentissage d'un métier, une lecture d'un livre, une rencontre intime. Jadis (en 1981) il y eut l'idée du temps libre : donner à chacune (chacun) la possibilité de vivre sans se plier aux règles et obligations sociales. La génération née il y a un peu plus de quarante ans éprouve l'urgent besoin de ne pas se soumettre aux contingences économiques. Il s'agit de trouver sa place sans pour autant entrer dans une compétition, un désir de cocher toutes les cases convenues. Pour cela accepter un emploi, un travail, un métier mais jamais en être prisonnier. Ne pas le rejeter mais chercher un sens à sa propre destinée. Cela explique une baisse de natalité, une vie de couple singulière, un choix d'aller vivre ailleurs en des lieux hors l'effervescence citadine, une volonté de ne pas mettre avant toute chose la rentrée pécuniaire. C'est un courage (ou bien un isolement peuvent estimer certains) c'est une façon de vivre libre.
Grimper sans calcul. Grandir en écoutant, en apprenant des cultures des autres ce que l'on ne peut saisir en s'accrochant aux récits conservateurs (c'était mieux avant). Et choisir ainsi, sereinement, telle une prise que l'on assure puis que l'on abandonne pour une autre, de suivre et construire une voie indépendante dans un ensemble collectif. Même si le plus souvent on vous dit que c'est impossible.