Emotions 11 Juin
Toutes affaires cessantes voilà donc le goût et la couleur de l'air du temps général. L'urgence est décrétée. Non pas pour résoudre le réchauffement climatique, le manque de logement, l'excès de pauvreté, l'encombrement hospitalier voire la surpopulation carcérale, non c'est pour répondre instinctivement à un drame évitable. Or l'urgence dans l'exercice de la justice, pour peu que l'on veuille que celle ci soit à charge et à décharge, sereine et rigoureuse est incompatible avec les mouvements brusques. Le temps de la justice humaine est celui de l'enquête, de l'analyse, de l'écoute, de la raison. Prendre des décisions de justice sous la pression politique, populaire ou médiatique est mauvais signe. Signe révélateur d'un manque d'anticipation. Les alertes existent en permanence pour maints problèmes de société. Il suffit d'écouter, d'apprendre, de savoir lire les milliers de notes et rapports rédigés et mis de côté. Toutes les décisions bâclées sont inquiétantes. L'action publique suppose un travail patient et surtout pas une précipitation spectaculaire. Pour les victimes comme pour tous les justiciables il est essentiel de mettre à l'écart des emportements de la foule l'exercice du Droit.
Même le plus odieux des crimes (mais quelle est l'échelle ?) ne peut entrainer des lois d'émotions. C'est, à l'évidence, impossible à soutenir dans un monde de flux de mots et d'images mais il faut pourtant y réfléchir. L'exemple du Président US qui annonce à toute heure des menaces ou des fausses nouvelles juste pour que l'on croit qu'il est vigilant doit inciter ici à demeurer solide sur le respect de la valeur fondamentale d'une démocratie équitable.
C'est évidemment en amont que tout se joue. Et nous perdons tant de temps à prendre acte de ce qui est pourtant avéré et prévisible. Tant de temps à accepter les avis de la science, des expertises de recherches, des recommandations argumentées de gens ayant eux aussi, patiemment travaillé, étudié, dépensé temps et énergie à comprendre ce qui nous arrive, ce qui va advenir.
Sinon on écope, on écope, un puits sans fond...la vie des dossiers de justice en attente donne le vertige. Des moyens matériels et humains supplémentaires sont nécessaires et cela ne date pas du quinquennat actuel. Les sociétés occidentales enivrées par des découvertes technologiques négligent le temps long. Celui qui construit. Un Etat libre s'il succombe à la vitesse sera perdant aussitôt car au fur et à mesure des faits de chaque jour se créent d'autres urgences tout aussi respectables. C'est peut être le bienfait de ce que nous vivons de façon dramatique via une horreur criminelle, le moment est ouvert à une rupture avec nos pratiques politiques. Un an 01 où il faut redistribuer les priorités, les richesses, prévoir, préparer les générations futures.
Se méfier de toutes les lois d'exceptions, des réactions immédiates sous le coup des larmes légitimes me semble pour le bien être général à venir une attitude sage et finalement enthousiasmante. Quoi ! nous serions capables de résister aux tentations de faire vite pour bâtir mieux et plus juste ! Ce serait bon signe.