Emerveillée. 30 août

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Cette femme petite avait des yeux de merveilles..."je reste émerveillée du clapotis de l'eau des oiseaux gazouilleurs ces bonheurs de la terre". Elle allait chaque jour voir, regarder, observer s'intéresser aux gens qui passent, s'installent pour un café, portent des sacs de provisions, s'enlacent s'amusent, parlent haut, aux formes humaines aux formes vivantes, arbres, oiseaux, vents. Andrée Chedid est à lire avant de reprendre des habitudes. C'est un surcroît de bienveillance. Elle écrivait sur les bonheurs que nous laissons de côté dés que nous reprenons le rythme des actifs, des transports pour le travail, des contraintes.

J'ai pensé à ses écrits en revenant en ville. La capitale est métis et c'est une énergie vitale. Elle fait semblant de ne pas remarquer les allées et venues de ses passagers. Elle redevient aimable, illuminée et propice aux regards tel celui de la poétesse. Mais comme il est malaisé de la rejoindre sans gêne. La poésie est la vie et cette dernière est faite de drames, de conflits, de bombes et de prisons...L'émerveillement est une conduite imaginaire, une possibilité que peu atteigne. Il me semble impossible de ne pas ressentir ce qui se passe ailleurs, souvent très loin. Les bonheurs de la terre sont mélangés aux malheurs, les beautés des continents et des océans côtoient les les pires évolutions des glaciers et des terres blessées de sécheresses.

La ville rassemble tout cela. Elle absorbe les vacanciers et les remets dans des cases, des habitudes, des trajets et des moyens de transport, des soirées joyeuses et des solitudes générales. La grande ville s'étend, s'enorgueillie de son centre et se lamente de ses périphéries. Tout est à voir, à aimer ou à vouloir en faire un lieu de révolte. La rébellion vient de là.

Ecrire des poèmes ou bien lire ceux laissés depuis d'autres siècles est une gymnastique de l'esprit, une façon de se sentir amant des lieux et des personnes. La fin d'un mois d'été, la perspective de la reprise des choses communes pour une année s'accommode de sentiments mêlés. C'est comme ça, fatalité. Ou bien il faut de sa vie faire des temps successifs, des espaces qui ne soient pas similaires. On s'écrira, on se voit bientôt, je redescends dit le parisien comme si le reste du pays était en bas. Les simples blessures du coeur ainsi que le disait Andrée Chedid vont et viennent, s'effacent mais réapparaissent. Ces jours là de basculement, sont à la fois heureux de retrouvailles, nostalgiques aussi et craintifs de ce qui adviendra. J'ai retrouvé cet aveu de Voltaire : " je me suis un peu mêlé du passé, mais j'avoue en général ma profonde ignorance sur l'avenir". Je me répète cette phrase en songeant aux impérieuses certitudes officielles entendues aujourd'hui.