Eloge 18 juillet

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D’ici quelques jours ils vont partir. Chaque fois c’est le même envol extraordinaire, discret certes, mais bien au delà de notre imaginaire. Les martinets noirs quittent avant la fin de ce mois nos territoires. Ces oiseaux, qui, de loin ressemblent à des arcs tendus prolongés par une flèche, qui volent si vite (ils peuvent atteindre les 100 km heure)qu’ils semblent être juste des traits de calligraphie, se nourrissent d’insectes. Les temps sont difficiles, la sécheresse gâchent leurs recherches. Alors en plein été ils s’envolent pour six longs mois. Ils s’envolent et ne se posent plus sur terre ! Le martinet noir pour un simple observateur est une énigme: comment peut on passer la moitié de sa vie en l’air, comment se nourrit on comment se reproduit on, dort il ? Car être en vol c'est ne rien faire de tangible selon nos critères humains. Or l'inutile n'est pas l'épithète du martinet.

Les vols de martinet donnent le tournis. Ils agrémentent les espaces de leurs silhouettes d’archers,  sans jamais sembler se lasser. Leurs horaires d’activités sont donc bi annuels. Une part hors de portée, hauts, inaccessibles et cependant bien vivants, d’autres part filant entre les arbres des jardins, les toits d’immeubles et les balcons aux volets clos. C’est un migrateur qui échappe à l’entendement du rythme naturel tel que nous l'avons organisé en peuples travailleurs.

Six mois en vol, ce serait pour nous six mois à rêver, à se placer à l’écart des activités terrestres, à vivre dans l’imaginaire. Peut être qu’un martinet réalise le songe de tous les poètes, toutes les âmes innocentes, capables de contemplations prolongées et jugées inaptes au productivisme…Hélas nous sommes bipèdes soucieux de garder les pieds sur terre, même si quelques uns vont au ciel dans des fusées laides, quelques uns sautent au-dessus des vagues sous des voiles gonflées, même si nous songeons toujours à nous affranchir de la gravité.

Le martinet plane, sans ajout euphorisant, il emmagasine de quoi tenir six mois sans redescendre sur la planète, il est dans les nuages, dans les vents tantôt complices tantôt réfractaires, et inspire sans que nous puissions le démontrer tous les récits fantastiques où le simple vol d’un oiseau noir, petit, baptisé martinet, de ce nom commun que l'on retient à peine, capable de fulgurances, illustre toutes nos utopies, toutes nos faiblesses. Voilà je voulais faire l’éloge du martinet qui va bientôt reconquérir son droit à être au dessus, tranquille, forcément témoin de nos bafouillages ou autres monstruosités souvent inattendues parfois médiocres.