Draguer ou séduire. 27 aout

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Oh quel dilemne ! Etre candidat à la présidence de la République suppose d'aller prêcher ailleurs que devant des militants convaincus. Il faut draguer ou séduire, les deux ne vont pas de paire. Draguer ( nettoyer le fond des eaux avec une drague, récurer, mettre les mains dans la vase, voilà pour la version du réel) est une action spontanée ou calculée mais volontairement impulsive, réduite en temps et quelque peu grossière. Séduire c'est une autre dimension temporelle, c'est avancer à pas mesurés, c'est chercher en soi de quoi convaincre par le choix judicieux du vocabulaire, de l'attitude, des gestes de connivence...Or présentement la présence ce jeudi de quelques uns des candidats à l'Elysée devant un auditoire de patrons, chefs d'entreprises, décideurs entrepreneurs comme vous préférez, peut faire penser à l'expression 'aller à Canossa'. Frôlant la pédanterie je précise que ce fut en 1077 au Chateau de Canossa en Italie que l'empereur germanique Henri IV vient s'agenouiller devant le pape Grégoire VII afin que celui ci lève l'excommunication dont il était frappé. En quelque sorte c'est s'humilier par nécessité, se soumettre à un adversaire.

Là ce n'est point le cas, à en croire les participants, sauf peut être pour quelques uns déjà convaincus des thèses patronales libérales mais qui ont envie de solliciter les bonnes grâces de l'auditoire en se démarquant des multiples concurrents de droite et du centre. Donc draguer : jouer l'ironie, faire preuve d'un art oratoire consommé, provoquer pour secouer l'apathie, chercher la stupéfaction pour finalement emporter quelques voix soudain sensibles à un discours discursif, quitte ensuite à se taire sur un engagement né d'une drague officielle. C'est risquer et peu vraisemblable tant le jeu de ces auditions est défini par des contraintes. Alors pourquoi y aller ?

La séduction naît aussi de la conviction. Celui qui vient devant des adversaires à priori rétifs à son discours, doit montrer qu'il est solide, sincère, apte à renverser une situation défavorable. Séduire demande une longueur de temps, aussi en un seul discours est ce quasi voué à l'échec. En revanche séduire est un premier pas destiné bien au delà de ce public restreint, chic comme un club anglais fermé. L'écho donné à ces rentrées (qui n'en sont pas, seraient ils sortis que l'on chercherait où sont ils allés) permet à celui qui affronte le camp d'en face d'argumenter plus tard : voyez je vais partout et je n'ai peur de rien ni de personne.

Draguer ou séduire ? Draguer était un jeu trouble d'une soirée et l'on s'en vantait autrefois entre mecs. Séduire demeure une entreprise discrète, patiente, obstinée mais elle signifie le plus souvent un sentiment profond, une engagement tout sauf frivole. Mais là j'entre dans le domaine amoureux et c'est bien loin d'une partie politique jouée avec ses règles de temps compté à la minute près, qui demeure avant tout un spectacle de pub dont l'épilogue est connu d'avance.