Commémoration 8 mai
On commémore, on ne fête ni ne célèbre. Pas de quoi se réjouir d’une fin de guerre terrifiante qui a laissé autant de morts, autant d’atrocités dans les mémoires.Ce fut la fin officielle d’un cauchemar mais celui ci était installé dans les têtes et les corps et va résister aux temps suivants. Les dates que l’on rend officielles et qui se marquent par des discours, des dépôts de gerbes sont le plus souvent des dates accablantes pour l’humanité. La gloire de la victoire couvre des faits de crimes, de génocides, de tortures, de misère…Un jour férié ( De Gaulle refusa de rendre férié le 8 mai) comme celui ci oblige à ouvrir des manuels, à rechercher les circonstances de la signature de fin de conflit mais aussi à se mettre à distance de ces solennités qui, peu à peu, ne signifient plus grand chose pour les générations suivantes.
Curieusement il y a peu de documentaires et autres manifestations autour de l’histoire de 1936, un Front Populaire qui fit avancer le progrès social mais qui fut englouti par les prémisses de la deuxième guerre mondiale. C’était il y a 90 ans. Que sait on de cette année d’une sorte de révolution politique française dont les effets seront largement balayés par l’entrée en guerre trois ans plus tard ? Est ce une source de reflexions encore pour le présent, pour la gauche éparpillée actuelle ?
De même la loi Taubira sur la reconnaissance de la traite des noirs est un moment important de l’Histoire de France mais 25 ans plus tard peu s’en souviennent.Et pourtant c’est le pire crime contre l’humanité. Christiane Taubira n’aura de cesse de rappeler et de faire rappeler cet immense crime ‘irréparable’. Chaque 10 mai des commémorations ont lieu à ce sujet. L’enseignement de cette traite qui a fait des millions de morts figure dans les livres scolaires.
Nos commémorations sont comme nos mémoires : fournies, nombreuses, émouvantes mais vacillantes, sélectives. De quoi dois je me souvenir hors des évènements familiaux, des morts et des naissances, des coups de coeur aussi…Tout est lié n’est ce pas, nos histoires intimes et celles des autres, nos pleurs et nos extrêmes joies, les affaires du monde même lointaines et celles qui nous touchent au jour le jour. Pas seulement parce que l’essence est devenue plus chère et que cela engendre des profits indécents pour une poignée de personnes déjà grosses de fortunes bâties sur le travail des plus faibles, non parce que se contenter de son lopin de terre et de quelques bavardages sur nos quotidiens me parait bien court. Toute respiration de l’air dépasse les frontières. Nous sommes embarqués dans des vies différentes, inégales, mais en réalité si proches, du moins est ce ainsi que je crois à une vie en éveil, utile.