Cacophonie 15 Juin
Tous avaient la conviction d'être justes et cependant c'était une cacophonie. Le film d'Agnès Jaoui 'l'Objet du délit' raconte une troupe préparant 'les Noces de Figaro' de Beaumarchais et le moment où tout bascule sur une présomption de harcèlement sexuel...Tous les caractères humains se mélangent, femme homme, prédateurs tranquilles et militantes prêtes au lynchage, prudents et lâches, fragiles et solitaires, égoïstes et généreux. C'est le spectacle de nous mêmes confrontés à un possible délit mettant en péril une aventure collective culturelle. L'harmonie vole en éclats, l'opéra est lieu de discorde, de cacophonie à la fois drôle et tragique. Le film tente avec beaucoup de subtilité de montrer les rapports humains tels que nous les connaissons aujourd'hui dans une actualité de faits divers parfois dramatique.
La cacophonie est une mauvaise musique, une succession de sons, de phrasés, de syllabes devenus désagréables à l'oreille, un mélange hétérogène de bruits, une confusion de sensations contraires...Le tintamarre devient vite un tumulte, le tumulte une controverse, un affrontement terrible.
Les évènements du monde au jour le jour, donnent plus encore cette sensation de cacophonie, de chaos incessant où les faits avérés sont embrouillés par de fausses nouvelles, des intentions de propagande, des manipulations violentes. Passer de bombardements meurtriers, d'épuration ethnique, de génocide à un plan de paix, de promesses de cessez le feu à des crimes, de négociations secrètes à des annonces tonitruantes est un spectacle constant joué par des acteurs in-sincères, préoccupés par leurs biens immédiats, par le résultat financier grossier. Le tout, commenté sans s'interrompre sur des écrans ouverts au monde. Le bruit réel de ces guerres en Ukraine, à Gaza, au Liban, en Iran, en Israel semble couvert par le tohu bohu de dirigeants peu soucieux des peuples qu'ils massacrent.
Bien sûr, comme dans le film (dédié à Jean Pierre Bacri) il faut ardemment souhaiter que tout s'apaise, qu'il y ait des marques d'entente voire d'amour, mais le doute est permis et plus que cela. Clamer un dimanche anniversaire (80 ans et des combats MMA !) un accord de paix parait suspect d'autant que nous sommes habitués aux incohérences pitoyables de Trump. Il y a encore bien des détails à régler. Quand j'écris détails c'est un euphémisme, presque une désinvolture tant les diables qui s'y dissimulent sont légions (Frontières, nucléaire, armement, avoirs bloqués, lieux de destructions, sort des populations exilées etc) et le cynisme règne à Jérusalem comme à Washington, à Téhéran où à Moscou...
L'ouïe générale et commune, celle partagée par les milliards d'habitants de la planète, est malmenée par le chahut (sic) sanglant engagé par Poutine, Nétanyahou et les mollahs iraniens. Bruits de bombes et de désespoirs tel celui du peuple palestinien, bruits médiatiques si loin de la discrétion essentielle de la diplomatie. Ici le délit est un crime de guerre à répétition. Ce n'est plus du cinéma, c'est un moment de la vie du monde en déraison dangereuse. C'est si fragile ! ce qui pour le moins doit inciter les acteurs puissants et riches, réunis pour une part à Evian, à produire mezzo voce une harmonie prudente, respectueuse des morts et blessés de conflits criminels, à reconstruire des pays où le Droit et la démocratie ne sont pas chimères.