Blablater 9 Aout
En page 946 du premier tome du dictionnaire culturel d'Alain Rey je trouve le verbe 'blablater'. Faire des blablas, parler pour ne rien dire, user de mots inutiles, le baratin quoi.
Et pourtant ils parlent, de tout, jamais de rien, toujours comme si le silence était un danger et qu'il était urgent de combler le vide, d'empêcher l'absence de sons par une manière verbeuse, habile, légère, composée de notations sur les unes et les uns. Les jours de vacances, vacance aussi, les conversations peuvent s'attarder. rares sont celles ci nourries d'informations vérifiées , de lectures solides sur ce que vivent nos voisins européens ukrainiens, nos amis du Liban, les enfants oubliés de Ceuta ou les survivants de Gaza. Mais il ne faut pas ironiser sur ceux qui blablatent. En soi la conjugaison donne une sonorité joyeuse à l'art du boniment.
Se retrouver en famille, entre amis est un bonheur d'été, il faut alors renouer avec les propos laissés en suspens il y a quelques mois, réactiver des souvenirs, des réminiscences. Ah comme ce mot est intrigant ne serait que par son moralité. Il s'agit de mémoire, de souvenirs dont l'origine n'est pas reconnue, juste un flash, un élément réapparu soudain au hasard d'un échange avec justement un père, une soeur, une ex. La tonalité affective de nos rapports estivaux est grande. On se raconte en confidences, on donne des détails, on s'incruste dans la vie des autres. On accapare le temps avec une belle boulimie de petits secrets intimes.
Blablater peut faire songer à une bande de canards dans un enclos en train de commenter avec un esprit vachard les travers des visiteurs, de ceux qui les nourrissent. De là à comparer avec la continuité médiatique des chaines d'info actuellement (une fois passés les incendies) qui se trouvent fort dépourvues sauf à aller rechercher des experts égarés dans des villes désertes capables justement de blablater sur Trump comme sur Mbappé avec une assurance qui force le respect.
S'intéresser au monde, aux peuples, aux personnes en détresse suppose aussi de retenir ses mots, de choisir après un travail réel de compréhension un mode de commentaire qui ne soit pas banal, creux, sans apport utile. Il nous arrive de blablater pour passer le temps, pour accompagner un apéritif, pour faire semblant d'être là, d'exister. Cela se fait à grands coups de phrases reproduites comme on ressert un plat qui a plu. Il y chaque jour tant de sujets où la parole la plus simple pourrait être efficace. Le reste n'est qu'un flux sans importance.
Tenez j'achève : ne lâchons jamais Christophe Gleize injustement emprisonné en Algérie. Citer son nom et son prénom c'est déjà le garder en vie dans le monde libre des conversations...Quatorze mois d'emprisonnement. Là ce n'est pas parler pour ne rien dire.