Bavardages 23 mars
Lionel Jospin n’aimait pas les bavardages. Ceux qui saluent l’ancien premier ministre ont l’annonce de la mort vient d’être faite et qui souhaitent un hommage national pourraient aussi s’inspirer de cette attitude quasi inconnue aujourd'hui lendemain d’élections municipales. La cacophonie des propos de la soirée hier n’avait d’équivalence que la fragmentation de la couleur des résultats. Chacun, chacune y allait de l’énumération de ses victoires, chacun, chacune haussait le ton pour couvrir la voix du voisin afin d’exprimer une satisfaction. La complaisance de quelques animateurs dépassés par l’acoustique ajoutait à l’impression d’un état des lieux assez illisible globalement. Le taux d’abstention demeure élevé. Les particularités locales rendent malaisées toutes les analyses péremptoires entendues. A l’examen commune par commune la prudence dans les conclusions commande. D’abord il y eut un premier tour où les plus petites villes ont réglé le choix de leur mari pour des raisons qui échappent aux grands discours politiques. Il restait des villes moyennes et des grandes villes. IL restait des chocs de personnalités et des stratégies d’appareils politiques, il restait des candidats accrochés à leurs postes qui tentaient , il restait des troisièmes, quatrièmes, cinquièmes (ou plus!) mandats. Il me semble qu’il eut été de la plus simple rigueur intellectuelle que de se contenter de faits précis (ah l’erreur concernant Strasbourg due à la précipitation des annonces) et d’analyses réduites à la situation locale pour donner à la soirée médiatique une tenue respectable et claire. Les questionnements étaient nettement plus agressifs envers LFI qu’envers le RN. Cette inversion largement commencée depuis des semaines entache la qualité du débat. La connaissance des villes, des enjeux locaux, des personnalités en lice repousse souvent toute considération nationale. Les états majors politiques installés à Paris devraient se garder de propos (bavardages intempestifs) définitifs !
Le pays municipal dans son extraordinaire diversité n’est pas le pays national où les médias semblent demeurer scotchés. Il était frappant de constater l’absence de commentaires de terrain c’est à dire d’interventions de reporters ayant une connaissance avérée des conditions locales, des antécédents, des candidats en lice, des projets susceptibles d’avoir été motifs de vote.
La suite mériterait également un traitement moins immédiat. La vie politique française en manque d’incarnations fortes suppose à proportion un travail prudent allant bien au delà des mots outranciers.