Anthony et Wilfried 23 Juillet
Peu importe la démission donnée et reprise d'une ministre égarée dans un gouvernement où les reculs sur l'environnement sont équivalents au recul sur les libertés, peu importe parce que deux pompiers sont morts en luttant contre le feu allumé on ne sait par qui, mais un feu meurtrier. Deux professionnels, soldats du feu comme on écrit pompeusement. Anthony Berthôme et Wilfried Schmitter sont morts dans leur camion devenu brasier. Ils étaient deux des 44 000 professionnels, pompiers au statut de militaires, en uniformes de sauveteurs. Les pompiers ont des camions rouges, ils sont là dés qu'on les appelle, ils sont un service public remarquable, efficace et si parfois ils réclament un peu de considération et une augmentation de salaires on leur envoie des policiers casqués pour les renvoyer dans leurs casernes.
Etre sapeur pompier n'est pas un métier ordinaire. Il suppose le choix du collectif, une vie distincte du commun, une disponibilité constante, un anonymat aussi. Les bals des pompiers ne doivent pas être le seul moment annuel où l'on rend hommage à ces femmes et hommes.
Les paysages de France en noir et blanc, noir de fumée, blanc de cendres, s'étendent, touchent toutes les régions. L'évacuation des habitants menacés est en soi une angoisse. Les murs calcinés, les forêts devenues des terrains de bois cramés, déserts de vies, des vies désormais démunies, sans ressource, vaguement en attente d'une compensation potentielle des assurances. Les deux pompiers morts se sont battus comme tous les pompiers volontaires ou non avec les moyens dont ils disposent. C'est beaucoup, c'est peu. La première dette du pays est envers eux. Ils assurent les défaillances institutionnelles, les impréparations locales, les détresses des petits.
Ce que nous voyons en images ce sont des territoires de fumerolles, de morceaux décomposés, un sol de poussières chaudes où les eaux projetés par les pompiers soulèvent des nuages âpres d'odeurs infernales, durables.
Nous comptons les hectares tels des records battus. Nous assistons aux dévouements des bénévoles, des maires locaux. Nous entendons heure après heure, les annonces de feux fixés et puis les vents reviennent, rallument les sous sols en braises et les véhicules rouges défilent, affrontent des tempêtes de flammes. Images muettes de pompiers improvisant à même la terre un moment de repos avant épuisement.
Anthony Berthôme et Wilfried Schmitter à Mérignac s'étaient engagés pour servir une cause collective, pour se battre contre les éléments incendiaires. Il me semble pour eux, comme pour tout leurs collègues qu'ils incarnent une belle humanité et qu'à ce titre nous devons faire part d'une émotion sincère en gratitude.