Nonchalance 13 juillet
Un écureuil est venu manger du pain sec sous les frondaisons. Il ne m’a pas vu ou bien il s’en fiche des témoins.
Faut pas faire attention, m’a répondu l’homme qui dessinait sur la plage.
Il observait les grains de sable et leur adressait des prières à moins qu’il ne s’agisse de confidences frivoles. Faut faire attention à ce qui parait inerte m’a t il dit aussi. J’ai montré l’étendue de sables et de coquillages alors il a fait une esquisse sur un morceau de bois flotté, lisse et blanc. Comme des bonshommes bras ouverts jambes écartées en symboles de salut universel. J’ai reparlé de l’écureuil et expliqué que celui ci n’était plus seul, qu’ils étaient trois et qu’ils cavalaient sans relâche entre le cyprès et le figuier. L’homme qui portait une casquette jaune et des espadrilles de même couleur a désigné une mouette ou un cormoran, je ne fais pas la différence, ce sont des gens libres, il avait l'air de se marrer devant mon étonnement, ils cavalent ou ils volent selon ce que bon leur semble.
Il y avait beaucoup de vacanciers déshabillés alentours. Aucun ne s’arrêtait pour admirer le travail de l’artiste. Les affaires de grains de sable ne sont pas excitantes. Le petit, l’infiniment petit demeure des muses de peintre ou des travaux de longue durée de chercheurs. Un grain de sable à quoi ça sert, c’est sans vie.
Oh détrompez vous mon bon ami de passage toute pierre possède un passé, des remous et des brûlures, des fracas et des triomphes, celui ci par exemple, noir jais, presque ovale d’où vient il ? Quel est son passé ? Je ne souhaitais pas m’appesantir ayant une crainte ancienne du ridicule, sur cette tête d’aiguille qu’il retenait dans sa paume de main, je voulais seulement savoir pourquoi venir sur une plage dessiner ?
Il n’avait pas de réponse ma question, celle ci lui semblait même incongrue. Y a tel des lieux réservés pour l'imagination ?
Dessiner est sans limite, sur du papier, du bois, un caillou et peu importe où vous êtes. Rappelez vous les dessins réalisés dans les camps nazis, avez vous vu la douceur des traits d’un visage saisi dans un centre de rétention quelque part en Tunisie ou Libye ? Il me conduisait ainsi vers l’excellence de celle ou celui qui se penche sans raison, sans calcul sur un reflet de feuille, une brillance de rivière, une forme presque humaine de galets en montagne. Une gratuité magnifique.
J’ai promis puisque c’était dimanche de suivre ses conseils. J’ai sitôt franchi les murs médiévaux d’une jolie cité, attrapé du regard un souffle caressant le voile mal retenu sur un balcon du dernier étage. Il claquait en cadence et je l’ai baptisé nonchalance.
C’est agréable la nonchalance. J’en toucherai deux mots à mon écureuil.