Merci. 24 septembre
Marcher les mains dans les poches, un soir de septembre dans la douceur guimauve des rues d'une ville opulente où les terrasses de café sont pleines de dineurs peu regardants sur leurs assiettes et surtout plein de bavardages légers. Il faut à ces instants écouter et regarder. Entendre les jolis mots enfin avoués d'un père à son fils. Tu es la plus belle chose de ma vie. Et surprendre un échange de regards, une stupéfaction et une tendresse qui se partagent dans un soulagement attendu, tellement attendu. Voir des mains de vieilles personnes se tenir l'une à l'autre et s'arrêter au passage piétons et attendre le petit bonhomme vert et croiser leurs visages en une complicité toujours renouvelée.
Avoir envie de dire merci à ce geste d'aide fait dans les couloirs du métro, un coup de main, rendre service, comment l'exprimer ici autrement, qu'en décrivant la démarche spontanée qui conduit deux jeunes garçons aux écouteurs plein les oreilles, porter à bout de bras une poussette lourde d'un enfant et de quelques provisions. "Un seul mot usé mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie: merci! " texte de Pablo Néruda, poète chilien mort le 23 septembre 1973, douze jours après le coup d'état qui renversa le président élu Salvador Allende.
Continuer dans la légèreté d'une marche vers chez soi en absorbant les bruits de la circulation, les claquements de voix de quelques éméchés, les sons télévisés échappés des étages, laisser ses mains dans les poches car c'est signe de liberté d'un passant désireux de s'imprégner des autres.
Le merci va à ceux qui aident, qui s'engagent, qui donnent le reste de leurs temps de vie pour des causes sans spectacles, des moments penchés sur des vies différentes, étrangères, en mal d'exister. C'est une maille nocturne qui se met en place, qui tricote des liens, des fils de conversations, des confidences d'amis retrouvés, qui échafaude des projets dont on sait très bien qu'ils sont voués à demeurer des désirs d'alcool. Les mains dans les poches recommencer le passage vers l'automne, magnifique saison de couleurs et d'émotions contenues depuis le printemps. La société humaine un soir ainsi n'est que murmures, éclats de rires, éclats rugueux de sensations d'ivresse, promesses de ne pas faire comme avant, juré promis, on essaie cette fois ci d'aller au bout de la révolte, connaitre le jusqu'au boutisme de l'extravagance. Merci donc Pablo, le mot merci brille et écarte un temps les débats renouvelés pauvrement de ce que nous voudrions, de ce que nous espérions et de ce qui sera plus tard un vote sans retour.
Le merci est à cette odeur du soir vécue à force d'âges comme une délicieuse nostalgie pleine de projets d'avenir à accomplir.